Impressions du 7e festival
Cette année encore le Festival a été un très grand succès. Il a réuni un public toujours plus nombreux de visiteurs curieux de découvrir de nouvelles cultures et de fidèles qui assistent à la fête chaque année ; certains viennent de province, de Suisse ou de Belgique et passent ces deux jours du week-end sous les couleurs tibétaines. Le Festival a accueilli cette année plus de 6 000 visiteurs en deux jours.
Dès l’ouverture le samedi à 11 h le public se pressait déjà aux caisses pour assister aux cérémonies d’ouverture et de consécration dites de « bon augure » et de bienvenue. Les exposants n’avaient pas encore fini d’arranger leurs étals que les premiers visiteurs venaient admirer les tissus chamarrés portés en devanture ou demander des informations. Puis les animations ont commencé sur le podium, installé sur une vaste pelouse devant l’enceinte de la Pagode, aux abords du lac Daumesnil.

- Danses de la communauté tibétaine belge
- © Patrick Le Gac
Les regards se sont déplacés vers les moines danseurs de l’Institut Yeunten Ling venus spécialement de Belgique interpréter une danse monastique dite Tcham. Considérée comme un enseignement et une bénédiction, cette danse a ouvert les festivités qui se sont poursuivies avec l’arrivée des artistes de la communauté tibétaine exilée en Belgique, spécial guest de ce samedi. Ces artistes ont eu la chance de pouvoir interpréter pour la venue du Dalaï Lama en Belgique, en mai dernier, une chanson de leur composition Om Mani. Pour nous, qui n’avons pas pu le recevoir ici en France, la troupe nous a fait partager cet instant unique en nous offrant cette prière de longue vie en l’honneur de sa Sainteté et pour la Paix dans le monde. Ils ont ensuite interprété, en alternance avec les récitations autour de Milarepa mises en scène par Nicolle Vassel, des danses de la région de Kongpo. Danses protectrices, elles sont exécutées lorsqu’un village reçoit un grand Lama ou un haut dignitaire. Puis Gourou Nyima a interprété une chanson en solo, Gankar Lhumpo, pour la plus grande joie des spectateurs.
Entre deux prestations, les visiteurs ont pu se restaurer dans l’enceinte de la Pagode et déguster les fameux Tsel-Bakly (galettes farcies au fromage et aux légumes) ou encore Momoks (raviolis tibétains farcis de bœuf cuits à la vapeur) tout en sirotant le toujours surprenant thé au beurre des montagnes de l’Himalaya. Le restaurant a affiché complet pendant ces deux jours. Il faut dire qu’il faisait un temps superbe et qu’il était fort agréable de se trouver un petit coin d’herbe pour improviser un pique-nique tibétain.

- Shalika Rajakaruna
- Shalika Rajakaruna, jeune artiste franco-sri lankaise, nous a fait découvrir ou redécouvrir les danses Bharata Natyam, issues du répertoire classique indien. © Photo Nathalie Pont
Revenons sur le podium. Le « filage » du concert du soir a permis au public d’avoir un avant-goût des prestations annoncées en découvrant les artistes Yangdu Tso, Namgyal Lhamo et Tenzin Gönpo. La journée du samedi s’est terminée sur une note indienne. Shalika Rajakaruna, jeune artiste franco-sri lankaise, nous a fait découvrir ou redécouvrir les danses Bharata Natyam, issues du répertoire classique indien. Ces danses très expressives nous font irrémédiablement penser aux sculptures de pierre de Shiva Nataraja, Dieu de la Danse, que l’on trouve dans les temples hindouistes. Avant de dresser la scène pour le soir, les chiens de nomades ont également fait leur « petit tour de piste » sur le podium. Les Drogkhyi sont de grands chiens de berger au long pelage qui aident les nomades lors de la transhumance, à garder les troupeaux de yacks.
Coup de théâtre vers 20h00 : la pluie s’annonce et risque de compromettre sérieusement le concert du soir. Il n’en a rien été. Sous une pluie battante le public, impatient et désireux de voir les artistes tant attendus, a manifesté avec enthousiasme son désir de voir se dérouler le concert comme prévu. Des tentes ont été déplacées à la hâte par les nombreux bénévoles de la Maison du Tibet pour protéger les spectateurs. Et le spectacle a pu commencer à l’heure dite. Yangdu Tso, Namgyal Lhamo, Tenzin Gönpo ont « ouvert le bal » en interprétant des thèmes populaires issus du répertoire traditionnel tibétain puis Lama Gyourmé, accompagné de Jean-Philippe Rykiel au synthétiseur, s’est installé pour nous offrir un grand moment de musique et de chants sacrés.
Dimanche, sous un ciel nuageux mais clément, le Festival, à nouveau, a ouvert ses portes aux visiteurs. La journée fut marquée par de belles rencontres et de grands moments d’émotion.
Elle a débuté avec l’apparition sur scène d’une grosse bête poilue blanche aux sourcils verts... pas de panique... C’est bien sûr la traditionnelle Danse du lion des neige, animal mythique et symbole du Tibet. Il figure sur le drapeau national. Deux danseurs, glissés dans un habit de laine miment la démarche et les bonds de l’animal, sur un rythme de tambours et de cymbales. Une réalisation très prometteuse pour cette troupe de jeunes de la communauté tibétaine de France. Rappelons qu’aucun n’est professionnel. Ils ont donné le la de ces festivités du dimanche, joyeuses et colorées, en offrant un spectacle très complet de chants et de danses, provenant de toutes les régions du Tibet.

- Le public était attentif aux conférences
- © Photo de Jean-Luc Filippi
Le public s’est ensuite assemblé nombreux pour assister à une conférence très attendue sur la médecine tibétaine et donnée par une femme Amchi, le Dr Tenzin Kyipa de l’Ecole de Dharamsala. C’est une grande chance pour le Festival d’avoir pu accueillir ce praticien en exercice en Hollande puisqu’il n’en existe qu’une centaine dans le monde et la médecine tibétaine n’est pas reconnue en France. Elle a pu expliquer les fondements de cette tradition holistique majeure reposant sur les grands principes du bouddhisme. Cette pratique met l’accent sur l’équilibre de l’esprit et du corps, équilibre qui s’établit entre les activités fonctionnelles et biologiques du corps (vent, bile et phlègme). Le vent commande par exemple la respiration, la digestion ou l’anxiété ; la bile intervient sur la température du corps, l’intelligence ou l’assimilation de la nourriture, tandis que le phlègme stabilise l’esprit et le sommeil. Cet équilibre peut-être menacé sous les effets des émotions et c’est de là que proviennent une grande partie de nos maux. A l’issue de la conférence le public a pu poser ses questions ; entre autres comment la médecine tibétaine peut intervenir sur les pathologies difficiles à soigner par la médecine dite classique : maladies orphelines de la fatigue ou l’infertilité des femmes.

- Vénérable Dagpo Rinpoché
- © Photo de Jean-Luc Filippi
Autre moment attendu par le public venu très nombreux pour rencontrer le Vénérable Dagpo Rinpoché et écouter ses enseignements : la conférence sur le bouddhisme et son implication dans le monde moderne. Le Vénérable Maître, dans une atmosphère d’écoute attentive empreinte de sérénité, a exposé en quoi les troubles de l’esprit - attachement, désir, avidité ou ignorance - peuvent affecter notre vie de tous les jours. En occident, nous sommes bien souvent peu habitués à contrôler ces affects du fait de notre éducation ou de nos traditions comme nous sommes peu attentifs à l’idée de l’impermanence des choses. Ce sont des attitudes qui sont à l’origine de bien de nos souffrances. Les dépasser, c’est faire un voyage intérieur pour être en harmonie avec soi et donc mieux avec les autres. Et le cheminement se fera à la fois dans une mise à distance des émotions (sans parler de déni) et dans l’acceptation des choses. La séance s’est poursuivie par une série de questions du public, entre autres : comment arriver à stopper le mental ? Le Maître a répondu que de penser était inhérent à la nature humaine et que tout au plus on pouvait, notamment par la pratique de la méditation, arriver à apaiser ce mental. Autre question qui a fait sourire un peu le public : « comment reconnaît-on que quelqu’un a atteint l’état de bouddhéité, et l’avez-vous atteint vous-même ? ». Ce à quoi le Maître a répondu qu’en toute humilité, il lui restait du chemin à parcourir... (!). A la sortie des loges de nombreuses personnes sont venues lui rendre hommage et recevoir sa bénédiction.

- Lama Gyurmé et Véronique Jannot
- © Photo de Jean-Luc Filippi
La comédienne Véronique Jannot, est également venue assister à la conférence et nous a fait l’amitié de venir passer ces deux journées tibétaines en notre compagnie. Le député Patrick Bloche nous a fait également l’honneur d’une visite courtoise. Il faut dire que les questions tibétaines l’intéressent au plus haut point puisqu’il fait partie du Groupe d’Etudes sur les problèmes du Tibet à l’assemblée Nationale. Ils ont pu découvrir, mêlés aux autres visiteurs, les nombreuses animations présentes sur le site.
On pouvait ainsi se laisser porter par les contes et grands récits épiques fondateurs du Tibet contés par Sophie de Meyrac, découvrir l’écriture tibétaine en compagnie de l’artiste Dorjee Sangpo, voir ou revoir de grands films documentaires dont ceux de Priscilla Telmon - Voyage au Tibet interdit - ou de Vera Frossard - Kyikyi Sosso Lhagyal Lo - ou encore découvrir Tintin au Tibet écrit en tibétain ! Cet ouvrage a d’ailleurs a pu être gagné par des visiteurs chanceux lors des tirages au sort spéciaux du samedi et dimanche soir. Revenons un instant sur le podium avant la fermeture du Festival. Comme dans toute fête amicale et conviviale... il y a des invités « surprise ». Deux jeunes artistes népalais Ujjwal et Santosh sont venus nous faire découvrir leur répertoire fusion traditionnel/moderne aux sons de la guitare et des percussions. Dans ce même esprit de musique fusion, l’artiste tibétain Lobsang Bondope Tsang est venu clore musicalement la journée en interprétant des mélodies de la province de Kham.
La journée s’est achevée, comme d’accoutumée autour de la figure du Mandala. Cette figure sacrée de sables colorés a pris forme tout au long de ces deux journées sous les doigts agiles du Vénérable Guéshé Thupten Tenpa. On pouvait admirer la dextérité de ce Maître à l’intérieur même de la pagode devant le grand Bouddha. Pour l’occasion, ce lieu empreint de majesté et de sérénité s’était paré des plus beaux atours de la culture tibétaine. Parmi l’exposition d’objets d’art sacrés, on pouvait admirer des Torma, Choeten, stupas, thankas, des pierres gravées de mantras mais aussi des petits meubles traditionnels en bois polychrome prêtés par la boutique « Tibet Art » à Paris. Cette année le Mandala fut dédié au Bouddha de Longue Vie dit Amitayus. Comme le veut la tradition bouddhiste tibétaine, à l’issue de la journée de dimanche, le Vénérable Guéshé Thupten Tenpa a offert la cérémonie qui consacre le Mandala avant de disperser les poudres colorées dans les eaux du lac Daumesnil. Grand moment de recueillement, ce rituel symbolise l’impermanence des choses et vient de ce fait clore le Festival pour qu’il renaisse encore plus beau et encore plus intense l’année prochaine. A l’année prochaine donc... !
Nathalie Pont - Relations presse
25 septembre 2006