Comprendre la Chine, soutenir le Tibet.

jeudi 3 juillet 2008 par Jean-Paul Ribes

Comprendre la Chine, soutenir le Tibet.
Ces deux objectifs semblent souvent contradictoires.
Et pourtant ils sont intimement liés.

La dureté de la répression chinoise au Tibet, l’arrogance et le goût de l’insulte de certains hauts responsables, comme M. Zhang Qingli, secrétaire général du PCC au Tibet, la propagande qui ré-écrit l’histoire et ment sur les chiffres, tout cela ne conduit pas à garder son calme et à rechercher une analyse objective de la situation en Chine. Or si nous n’y parvenons pas, nous nous condamnons à entrer dans la logique de l’incompréhension et de l’aversion, qui conduit naturellement à la violence.
Depuis quelques temps en France, de jeunes Chinois, encouragés par leur ambassade, mais aussi quelques hommes politiques en quête de visibilité, adoptent une position d’hostilité systématique à tout ce qui est tibétain, et au Dalaï Lama en particulier, et n’hésitent pas, avec une violence verbale inquiétante, à le manifester lors de réunions publiques ou sur les écrans de télévision.
Ils s’appuient sur le climat de xénophobie (et singulièrement de francophobie) ambiante qui règne actuellement à Pékin et qui semble s’être développé à l’approche des Jeux olympiques, traduisant une certaine inquiétude des organisateurs.

Comment devons nous réagir ?
Certainement pas en entrant dans le jeu pervers de la polémique, mais en agissant à deux et même à trois niveaux.
- D’abord mieux connaître les faits, historiques ou contemporains, concernant la Chine et le Tibet.
- Deuxièmement en nous interdisant toute altération de la vérité pour des raisons de propagande : rappelons-nous que la vérité seule est notre force (Satyagraha).
- Troisièmement, et c’est peut-être le plus difficile, en tentant de saisir les codes de la communication et de la structure mentale de nos interlocuteurs chinois.
Très souvent, l’esprit critique leur apparaît comme une agression à leur égard et une faiblesse de la part de celui qui l’applique à lui-même. Il faut convaincre de sa bonne foi quelqu’un qui n’a que faire de la bonne foi, et c’est sans doute la chose la plus difficile du monde, le Dalaï Lama est bien placé pour le savoir. Mais la personne que nous avons en face de nous n’est pas la Chine entière, tant s’en faut.
C’est donc en s’appuyant sur des sources chinoises critiques, mais pas forcément dissidentes que nous appuierons le mieux notre argumentation de dialogue. Ces sources existent, même s’il faut aller les chercher un peu loin. Le récent ouvrage "la société chinoise vue par ses sociologues", et singulièrement les 5 dernières pages du livre, intitulées "de la politique en milieu chinois", constitue un excellent outil de travail.
Au delà des vociférations, l’enjeu est de taille : ne pas laisser le champ libre aux ultras de tout genre, prêts à s’emparer de toute erreur de notre part pour en faire une arme, ne pas laisser, faute de dialogue, des résidents chinois, voire une fraction de la population chinoise, se faire manipuler par des propos agissant sur un sentiment de frustration ou d’orgueil et générant le nationalisme.
Enfin, et cela concerne notre société française, ne pas laisser le champ libre aux poncifs d’une sinophilie de pacotille, mercantile ou archéo idéologique. Pour que nous aimions la Chine, il faut qu’elle sache se rendre aimable, c’est-à-dire respectable.
"La Chine est obsédée par l’idée de retrouver un rôle dans la communauté des nations" nous disent des sinologues, et journalistes spécialisés. Quoi de plus naturel ?
Le prix d’entrée est, sans nécessairement prendre l’occident au passé colonial ou au présent parfois contestable pour modèle, d’admettre un raisonnement incluant la critique, (le meilleur cadeau que l’on puisse faire à un ami), et de placer la compétition sur le terrain de l’homme, de ses droits sociaux et politiques, de la variété de ses cultures.
Et non seulement sur le terrain du toujours plus économique ou militaire. Concrètement, nous pouvons y être pour quelque chose.
Jean Paul Ribes

Incontournable dans le débat :

- "Le Tibet est-il chinois ?"
d’Anne-Marie Blondeau et Katia Buffetrille. Edit. Albin Michel, 4 sept. 2002. [1]
ISBN 978-2226134264

- "Le Tibet, une civilisation blessée"
de Françoise Pommaret. Edit. Gallimard, 30 oct. 2002. [2]
ISBN 978-2070762996

- "La société chinoise vue par ses sociologues"
de Jean-Louis Rocca. Edit. Presses de Sciences Po, juin 2008. [3]
ISBN 978-2-7246-1073-4

- "Chine, l’envers de la puissance"
de Cai Chongguo. Edit. Mango, 20 oct. 2005. [4]
ISBN 978-2914353625

[1] Le Tibet est-il chinois ?
Pour la première fois, des chercheurs du monde entier se sont réunis pour donner au lecteur une connaissance aussi exacte et pondérée que possible du Tibet. Symbole en Occident d’une prestigieuse tradition spirituelle "orientale", ce pays est aussi, depuis la "libération pacifique" chinoise dans les années ’50, l’objet de polémiques, de propagande et contre-propagande entre Chinois, Tibétains en exil, Tibétains du Tibet et Occidentaux. Tout en reconnaissant dans son titre, "Le Tibet est-il chinois ?", l’enjeu essentiel de ces affrontements, cet ouvrage ne cède à aucun parti-pris et recherche seulement l’objectivité. La genèse de l’ouvrage est liée à une réaction de spécialistes occidentaux à la publication, en 1988 d’un pamphlet chinois intitulé "Le Tibet, cent questions et réponses". Ce document affirmait présenter le résultat des recherches des tibétologues chinois sur les points controversés de l’histoire tibétaine et de la politique chinoise au Tibet.
Anne-Marie Blondeau et Katia Buffetrille, les éditrices, ont conservé le plan du pamphlet et ont placé en regard des réponses des savants chinois celles des savants occidentaux pour chacun des thèmes traités. L’éventail est vaste, de l’histoire à l’éducation, de la médecine à la démographie en passant par les émeutes, la folklorisation de la culture tibétaine, etc. Cette encyclopédie condensée sur le Tibet offre tout particulièrement un éclairage novateur sur la religion, inscrite ici dans l’ensemble dont elle est solidaire. La forme interrogative du titre de l’ouvrage est une invitation à la réflexion, à partir de connaissances rassemblées sans passion et dont la divulgation s’imposait dans les circonstances présentes. Le lecteur pourra enfin juger sur pièces de ce que fut le Tibet, de ce qu’il est devenu et de ce qu’il pourra devenir

[2] Le Tibet, une civilisation blessée
Quand on prononce le mot Tibet, les images s’enchevêtrent dans un kaléidoscope d’idées reçues et d’instantanés du réel : paysages austères et somptueux, sommets enneigés, lamas et monastères, cavaliers et, bien sûr, Tintin. L’actualité et l’intérêt grandissant pour le bouddhisme tibétain imposent leurs images : le Dalaï Lama et son sourire éclatant, les jeunes Tibétains en exil, de tristes villes nouvelles, la présence permanente des Chinois - immigrés, soldats, boutiquiers prospères -, le palais du Potala et l’immense place sur laquelle se dresse maintenant un monument de 37 mètres de haut à la gloire de "l’armée populaire de libération". En remontant aux racines culturelles des Tibétains, depuis le temps des rois et des conquêtes, et en donnant des clés religieuses et historiques, Françoise Pommaret permet de mieux comprendre ce pays fascinant, "si voisin du ciel" et "où toujours sont retournés ceux qui l’avaient une fois entrevu".

[3] La société chinoise vue par ses sociologues
Ce livre permet de comprendre autrement la société chinoise, dans une perspective nettement non normative et sur des sujets peu abordés jusqu’ici. Il ne s’agit pas de mesurer l’évolution de la Chine vers l’économie de marché, l’État de droit ou la démocratie, bref de saisir la Chine par sa "transition" mais au contraire d’analyser comment les normes sociales se construisent. L’objectif est de montrer que la compréhension de la société chinoise ne passe pas par une opposition entre "pensée occidentale" et pensée "chinoise" mais par l’utilisation des outils des sciences sociales.
Document sur la sociologie chinoise destiné à montrer comment les chercheurs travaillent aujourd’hui, ce livre rassemble dix analyses au cœur des réalités chinoises : les migrations ville-campagne, la classe moyenne, la drogue et le sida, la recherche… et s’appuient sur des travaux de terrain de première main.
Il s’agit enfin d’une collaboration exemplaire, menée au sein des Ateliers franco-chinois en sciences sociales de Pékin, fruit d’un dialogue nourri entre ces sociologues chinois venus d’horizons divers et une équipe de jeunes sinologues chargés des traductions.
Ont contribué à cet ouvrage : Chen Yingfang, Jing Jun, Li Chunling, Li Qiang, Shen Yuan, Tong Xin, Zhang Letian, Zhou Xiaohong.

[4] Chine, l’envers de la puissance
Nos médias vantent "le miracle économique" ou bien dénoncent "la menace asiatique". Nos entreprises délocalisent à tout va pour profiter d’une main-d’œuvre docile et pas chère, et bientôt d’un marché de 1,3 milliard de consommateurs. Tous comptent sur l’ouverture économique pour favoriser la démocratisation de la Chine. Ce serait tellement simple !
Chinois résidant depuis 16 ans en France, l’auteur montre que l’avenir que nous imaginons pour son pays est en grande partie illusoire. Il nous dévoile le vrai visage de la Chine. Parce que les Chinois ne sont pas les Français. Et heureusement !


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