Discours du Dalaï Lama sur les relations sino-tibétaines (extrait)

jeudi 6 novembre 2008 par Rédaction

Extrait du discours de Sa Sainteté le Dalaï Lama lors du 48ème anniversaire du TCV (Tibetan Children Village, Village des Enfants Tibétains) le 25 octobre 2008 sur les relations sino-tibétaines et la convocation à une réunion spéciale au mois de novembre 2008.


Récemment le Tibet a été témoin d’une crise. Dans les trois provinces traditionnelles du Tibet, le peuple tibétain a courageusement exprimé son mécontentement et manifesté son ressentiment vis-à-vis du gouvernement chinois. La contestation n’était pas seulement le fait de la communauté des moines et des nonnes ; elle incluait des croyants et des non-croyants de tous âges, y compris des membres du parti, des étudiants et même des étudiants tibétains étudiant en Chine même.
Réellement, à ce moment-là il n’y avait pas moyen pour le gouvernement chinois d’ignorer ce fait et il aurait dû prendre des mesures appropriées à ce qui se passait sur le terrain. Or il ne le fit pas. En ignorant complètement les aspirations du peuple tibétain, il s’avança et sévit contre les manifestants tibétains, les appelant de noms divers tels que “séparatistes” et “rebelles politiques”.

En ce moment critique où la grande majorité de nos frères et sœurs au Tibet ont fait de tels sacrifices, il ne conviendrait pas pour nous, vivant dans le monde libre, de rester silencieux et inactifs comme si nous étions indifférents à ce qui se passe dans notre pays.

Jusqu’à aujourd’hui nous avons adopté une position qui est basée sur un effort qui serait bénéfique aux deux parties concernées. Ainsi, elle a reçu le soutien de plusieurs pays dans le monde, y compris l’Inde. Au sein des intellectuels chinois, en particulier, il y a un soutien grandissant pour cette approche. Tous ceux-ci constituent des victoires pour nous. Apporter un changement positif au Tibet n’est pas juste notre devoir fondamental ; c’est aussi notre objectif ultime. Cependant, la triste réalité est que nous n’avons pas été capable d’accomplir cet objectif. C’est pourquoi quand j’ai fait ma première déclaration au Parlement européen à Strasbourg en 1988, j’ai catégoriquement déclaré que la décision ultime en ce qui concerne le problème du Tibet serait prise par le peuple tibétain.

En 1993, le contact direct prit fin entre le gouvernement chinois et nous. A nouveau, nous avons consulté le peuple tibétain sur la meilleure voie à suivre pour notre avenir. Il a été décidé alors de continuer de suivre la même position qu’auparavant.

La cause du Tibet concerne le bien-être du peuple tibétain tout entier. Ce n’est pas du tout un problème à propos de ma personne. C’est pourquoi le peuple tibétain devrait réfléchir collectivement au bien-être de tout le Tibet et agir en conséquence. Vu d’un autre angle, nous avons depuis le début suivi une voie authentique de démocratie. De notre côté, nous ne prêchons pas la démocratie pour pratiquer l’autocratie. Donc, à cet instant critique, quelles que soient les suggestions, les vues et les opinions du peuple tibétain, elles devraient être discutées en profondeur. Cela devrait être fait d’une manière qui permette le meilleur chemin pour la réalisation de notre cause fondamentale, plutôt que pour la glorification d’idéologies et de politiques des partis politiques respectifs ou pour la simple articulation de différents points de vue politiques.

Le peuple tibétain dans son ensemble - qu’il soit laïc ou religieux - doit travailler à la survie de notre identité nationale. D’une manière générale, la survie de l’identité nationale tibétaine est très différente de celle de n’importe quelle nation ou peuple de cette planète. Si l’identité nationale tibétaine est bien maintenue, son système de valeurs - basées sur les principes bouddhiques de tolérance et de compassion - a la qualité innée d’être bénéfique pour le monde entier. C’est pourquoi, notre combat pour la vérité n’est pas seulement lié au bien-être de six millions de Tibétains, il est également étroitement lié à notre capacité d’apporter un certain bien-être au monde entier. Notre combat pour la vérité a ainsi une raison sous-jacente. Si dans le futur, nous réussissons dans notre combat pour la vérité, cela aidera certainement des millions de gens, y compris en Chine, à découvrir de nouvelles voies pour mener une vie plus saine et avec plus de sens, permettant un bonheur à la fois mental et physique.

D’autre part, si le Tibet devait devenir une société qui poursuit uniquement le bénéfice matériel - du fait de la complète oblitération de la religion et de la culture tibétaine, dont la base est la compassion, par la Chine - cela conduirait le peuple chinois à sa ruine au lieu de lui être bénéfique. C’est pourquoi notre combat est en réalité bénéfique à tous. Réalisant cela, nous devrions réfléchir et discuter des voies et des moyens à notre disposition. Je vous demande à tous de le faire, parce que c’est un problème qui concerne le bien-être de nous tous Tibétains.

Le gouvernement chinois m’a accusé d’avoir incité les récents troubles au Tibet. Tout en faisant des remontrances directes au gouvernement chinois, j’ai publiquement demandé que Pékin apporte une explication détaillée à ce sujet. Dans ces remontrances et ces appels, j’ai dit qu’ils pouvaient envoyer des équipes d’enquête à Dharamsala pour vérifier les fichiers de nos départements et bureaux. J’ai également dit qu’ils pouvaient examiner les enregistrements de mes discours ou les déclarations des Tibétains récemment arrivés en exil depuis le Tibet. Mais à ce jour, aucune équipe d’enquête n’a été dépêchée alors même que la Chine continue de me critiquer férocement.

A la lumière de ces faits, il apparaît que ma résolution de continuer à tenir cette position crée des obstacles au problème du Tibet, plutôt que d’aider à le résoudre. Il devient donc évident que le problème du bien général du Tibet serait mieux pris en charge par le peuple tibétain. Je n’ai nul besoin d’interférer dans cette affaire.

Le 11 septembre dernier, j’ai décidé que je ne pouvais pas porter cette responsabilité plus longtemps. Je ne vois pas d’avantages à ce que je continue de porter cette responsabilité. Cependant, si les dirigeants chinois s’engagent honnêtement dans des discussions, alors je pourrais être en position de prendre cette responsabilité à nouveau. Je discuterai alors sincèrement avec eux. C’est très difficile de négocier avec des gens qui ne sont pas sincères. Donc je dis très candidement aux représentants des médias : j’ai foi et confiance envers le peuple chinois, mais ma foi et ma confiance envers le gouvernement chinois vont diminuant.

J’ai appelé les élus tibétains à discuter ces points lors d’une réunion spéciale. Je sens que ce sujet ne peut être résolu en une seule fois par la tenue d’une telle réunion. L’essentiel est que tout le monde prenne ses responsabilités, s’implique et propose les voies et les moyens, y compris les actions pratiques à mettre en œuvre pour la réalisation de notre but cher à nos cœurs. En d’autres termes, tous les Tibétains devraient travailler ensemble dans un esprit de responsabilité collective pour discuter de ce sujet, en prenant en pleine considération le bénéfice pour le peuple tibétain à court et à long terme. Quoi qu’il en soit, la décision finale ou présente doit être prise par le peuple tibétain.

Source www.tibet.net, 25 octobre 2008.
Traduction : Bureau du Tibet, Paris.


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