Les exilés tibétains exigent, pour continuer dans la "Voie Médiane", la sincérité de la Chine.

dimanche 23 novembre 2008 par Rédaction

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Le porte-parole, Mr Karma Chophel (à gauche), en conférence de presse après les 6 jours de "Special Meeting" du peuple tibétain, à Dharamsala, samedi 22 novembre 2008. A sa gauche, Mme Dolma Gyari, porte-parole adjointe. (Photo : T.Dasel/ Phayul)

Tout en réaffirmant leur "foi et fidélité" absolue envers l’autorité du Dalaï Lama, et en acceptant de poursuivre leur demande d’autonomie du Tibet [1], les exilés tibétains n’excluent pas un changement éventuel de stratégie les amenant à revendiquer l’indépendance du Tibet, si l’option actuelle de la "Voie Médiane" ne produisait toujours aucun résultat dans un futur proche.
581 responsables et représentants tibétains, venus du monde entier, ont achevé leur "Congrès Spécial" de six journées, commencé le lundi 17 novembre à Dharamsala, où réside le gouvernement tibétain en exil, en Inde du nord.
Le Président et porte-parole du Parlement tibétain en exil, Mr Karma Chophel, qui conduisait les débats, décrit le rapport final du Congrès comme une synthèse de toutes les opinions et suggestions de la population. Ce document sera remis au Dalaï Lama, le dirigeant tibétain en exil, qui l’étudiera de manière approfondie.
Dans leur rapport de synthèse, les délégués prient le Dalaï Lama de ne pas envisager une "pleine retraite" ni même une "semi-retraite" sachant qu’il est le premier défenseur de la cause du peuple tibétain.

Entre autres résolutions, la synthèse propose de suspendre les rencontres entre les Envoyés du Dalaï Lama et la Chine, tant que le pouvoir chinois ne s’engage pas sérieusement dans la résolution du problème tibétain. Les conclusions ajoutent que beaucoup de voix se sont élevées, au cours des débats, pour demander que l’on considère la revendication de "l’indépendance" si aucun résultat n’est atteint à court terme suite aux évolutions politiques proposées par ce Congrès.

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Le Prof. Samdhong Rinpoche - Premier Ministre du gouvernement tibétain en exil – à la tribune lors de la séance de conclusion du "Congrès Spécial" de Dharamsala. (Photo : T.Dasel/ Phayul)

La synthèse du Congrès confirme que, dans sa lutte pour la liberté, le peuple tibétain restera résolument attaché à la non-violence, que ce soit pour gagner son indépendance ou pour obtenir l’autonomie.
"La Chine a totalement rejeté notre proposition pour une autonomie effective [1]. Mais il est encore temps pour la Chine de choisir de répondre positivement à nos efforts sincères", déclarait Karma Chophel au journaliste de Phayul. "Par contre, si la Chine ne change pas d’attitude, alors cela ne pourra que nous forcer à faire de nouveau évoluer notre stratégie actuelle. Et dans ce cas, comme l’ont exprimé avec force les délégués tibétains au cours des débats, rien ne nous empêchera alors d’opter pour une politique visant à l’indépendance", expliquait le porte-parole.

Jamyang Norbu - éminent écrivain tibétain et fervent défenseur de l’indépendance du Tibet - trouvait que ce Congrès était "encourageant" et, qu’il pouvait permettre, en donnant la possibilité aux gens d’exprimer leurs opinions, de faire évoluer la politique suivie par le gouvernement tibétain en exil. Il affirmait aussi que ces débats avaient mis en évidence la nécessité de revoir l’option actuelle de la "Voie Médiane" et de la faire évoluer.
En outre, Jamyang Norbu (59 ans) expliquait que ce rassemblement constituait une "première étape dans la bonne direction", avec l’examen de la stratégie "Rangzen" (revendication de l’indépendance totale du Tibet) et l’opportunité d’y recourir à nouveau si l’approche de la "Voie Médiane" restait vaine au bout d’une période de temps limitée.

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Délégués tibétains
Les délégués tibétains chantent l’hymne national du Tibet, avant de conclure leur "Congrès Spécial" historique. Plus de 500 responsables et représentants tibétains, venus du monde entier, ont pris part à six jours de débats. C’est le plus grand rassemblement politique du peuple tibétain tenu à ce jour depuis son exil commencé en 1959. (Photo : T.Dasel/ Phayul)

Ancien ministre et représentant (aux USA) de Sa Sainteté le Dalaï Lama, M. Lobsang Nyandak déclarait que les conclusions de la réunion n’avaient pas fixé de période de temps précise après laquelle on devrait changer de politique.
"Nous sommes tous d’accord pour dire que seul le dialogue permettra de résoudre ces problèmes. Les délégués présents au Congrès estiment que c’est au gouvernement chinois de créer les conditions et l’atmosphère permettant le dialogue", disait Lobsang. "Notre politique actuelle sera revue en fonction des réactions chinoises que nous allons observer et discuter", dit-il.
Pour obtenir une avancée de la Chine, Lobsang dit que "cela dépend des stratégies que nous adopterons et des pressions internationales que nous réussirons à concentrer sur la Chine".

Le porte-parole, M. Karma Chophel rappelait que ce Congrès appelait aussi la Chine à mettre fin à ses critiques et attaques diffamatoires envers le Dalaï Lama. Non seulement, dit-il, cela blesse les sentiments du peuple tibétain mais aussi de tous les bouddhistes partout dans le monde, dont ceux en Chine, ainsi que les partisans du Tibet et toutes les personnes qui admirent les principes moraux du Dalaï Lama.
"Les conclusions du Congrès disent que la Chine doit reconnaître que l’insurrection cette année au Tibet est née de ses erreurs politiques et des mauvaises décisions prises contre le peuple tibétain depuis plusieurs dizaines d’années. La Chine a dit qu’elle détenait les preuves démontrant qu’en exil des organisations du Dalaï Lama avaient instigué des révoltes au Tibet, mais ces preuves, ils ne les ont toujours pas présentées pour prouver leurs accusations", déclarait-il.

Karma Chophel estime que le peuple tibétain "a unanimement réaffirmé sa confiance et sa fidélité envers Sa Sainteté le Dalaï Lama" au cours de cette réunion. Cela constitue une parfaite réponse face aux remarques du pouvoir chinois disant que le Dalaï Lama n’a pas de légitimité pour représenter le peuple tibétain. "Le peuple tibétain a réaffirmé qu’il suivrait le Dalaï Lama quels que soient les choix qu’il estimera appropriés ; le message est très clair, et la Chine doit accepter cette réalité", ajoutait-il.
Karma Chophel précisait aussi que les Envoyés tibétains, durant la dernière session de discussions avec les représentants chinois (4-5 nov. 2008), avaient mis au défi le gouvernement chinois d’autoriser la réalisation d’un sondage d’opinion – libre et indépendant – auprès des Tibétains vivant au Tibet afin de recueillir leurs avis quant au rôle du Dalaï Lama.

Mme Jetsun Pema, ancienne Kalon (Ministre) tibétaine et sœur cadette du Dalaï Lama, estimait que ce rassemblement était une excellente base pour "préparer le futur" du mouvement des Tibétains.
"Sa Sainteté le Dalaï Lama a toujours souhaité construire une vraie démocratie pour le peuple tibétain. C’est ce qu’il s’est toujours efforcé de réaliser".

Avant ce "Congrès Spécial", quelques 17 000 Tibétains vivant au Tibet avaient été consultés sur leurs opinions quant aux suites à donner à la lutte des Tibétains. Sur ce total, plus de 8 000 Tibétains ont affirmé qu’ils respecteraient toute décision prise par le Dalaï Lama, et presque 3 000 [2] disent soutenir l’option de la "Voie Médiane" choisie par le Dalaï Lama.

Le Dalaï Lama va s’adresser ce dimanche (23 novembre 2008) aux délégués de ce Congrès.

Source : Phayul, 22 novembre 2008

[1] NdT Autonomie à l’intérieur de la Chine

[2] Note du traducteur, présent à Dharamsala :
L’article omet un point dans les résultats du sondage : plus de 5 000 Tibétains ont affirmé soutenir "Rangzen", c’est-à-dire la revendication pour l’indépendance du Tibet. Cette information essentielle a contribué à donner plus de poids à cette stratégie lors des débats, bien que très peu de sièges aient été attribués aux organisations pro-indépendance (ex : 2 délégués seulement, sur 581, pour le Tibetan Youth Congress, cette organisation non-gouvernementale à laquelle adhèrent environ 30 000 Tibétains en exil) et aux plus jeunes générations (la plupart des participants avaient plus de 50 ans).


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