Ngaba pleure les immolations des deux moines Khaying et Choephel

mercredi 12 octobre 2011 par Rédaction , Monique Dorizon

Lundi 10 octobre 2011, selon certaines sources, la ville de Ngaba [1] dans la province du Sichuan, où de nombreuses immolations de protestation se sont produites ces derniers temps [2], était proche de l’immobilité quand la population a pleuré la mort de l’un des deux adolescents qui se sont immolés par le feu en signe de protestation contre la domination chinoise.
Les résidents de Ngaba ont fermé leurs boutiques et restaurants pour trois jours durant à partir du samedi 8 octobre, après l’immolation le 7 octobre de Khaying [3], 18 ans et de Choephel, 19 ans, tous deux appartenant au monastère de Kirti, assiégé par les autorités chinoises.
Khaying est décédé samedi (8 octobre) alors que Choephel était annoncé selon certaines sources comme étant dans un état grave, contredisant les rapports initiaux de la semaine dernière, disant que Choephel avait succombé à de graves brûlures sur son corps [4], mais selon une information du Centre des Tibétains pour les Droits de l’Homme et la Démocratie (TCHRD) du 12 octobre 2011, Choephel, aurait succombé à ses blessures le 11 octobre vers 14 heures (heure locale) dans un hôpital de Barkham [5], dans la Préfecture de Ngaba.
Des sources fiables affirment que, tout comme pour la famille du défunt Khaying, les autorités chinoises ont également refusé de remettre le corps de Choephel à sa famille. Les autorités chinoises ont également contraint la famille de Choephel à effectuer les prières rituelles à son domicile, en limitant à cinq le nombre de moines pour le rituel. Les habitants ont reçu des ordres stricts contre toute manifestation de griefs concernant la mort de Choephel ou d’expression de condoléances à la famille du défunt.

Ces deux jeunes moines sont les derniers en date des sept Tibétains qui ont tenté de s’immoler par le feu cette année dans le but de protester contre la domination chinoise dans les zones tibétaines et de mettre en évidence les violations des droits qui auraient été commises par les forces de sécurité chinoises.

Après la mort de Khaying, "tous les commerces et restaurants tibétains de la région de Ngaba ont baissé leur rideau de fer et rendu hommage aux manifestants", raconte un Tibétain de Ngaba, parlant sous couvert d’anonymat rapporte Radio Free Asia.
La plupart des habitants de Ngaba se sont également rendus dans les temples et les monastères afin "de prier pour l’âme défunte et les prières se sont poursuivies pendant trois jours", a déclaré Kanyag Tsering, un moine du monastère de Kirti à Dharamsala, dans le nord de l’Inde.

Kanyag Tsering a également déclaré que les autorités chinoises ont refusé de rendre le corps de Khaying aux membres de sa famille, effectuant elles-mêmes la crémation et leur rendant seulement les cendres.
"Les parents exigeaient son corps pour effectuer les rituels mortuaires, mais les autorités ont refusé la demande", dit le Tibétain parlant à Radio Free Asia. La famille de Khaying a été autorisée à inviter seulement cinq moines pour effectuer les derniers rites.
"Environ 10 Chinois (responsables de la sécurité) se sont installés devant la maison. Les amis et soutiens qui voulaient voir la famille de Khaying pour présenter leurs condoléances en ont été empêchés", a déclaré Kanyag Tsering.

Lundi 10 octobre, des moines du monastère de Kirti ont voulu approcher la famille de Khaying pour offrir des prières, mais "les anciens de la famille ont demandé aux moines ne pas aller à la maison de Khaying parce que les Chinois avaient menacé de créer des problèmes à la famille", a déclaré Kanyag Tsering.
"Alors, les moines priaient de loin".

Khaying avait dit avant de s’immoler par le feu qu’il faisait le sacrifice de sa vie "pour la cause du Tibet" et appelait les habitants de Ngaba à "ne pas s’inquiéter de sa mort", a déclaré Kanyag Tsering.
"De même, Choephel, que l’on dit être dans un état grave, a également mentionné les sacrifices consentis par les moines tibétains pour la cause du Tibet à plusieurs personnes quelques jours avant son immolation".
"Il a également parlé de la situation intolérable à Ngaba", dit Kanyag Tsering.
Selon les groupes de défense des Droits de l’Homme, ces dernières immolations de moines tibétains désespérés de Ngaba, et d’autres régions tibétaines du Sichuan, sont révélatrices d’une tendance alarmante et soulignent les manœuvres chinoises implacables visant à limiter les droits religieux.
Ces groupes ont appelé Pékin à revoir sa politique tibétaine afin d’enrayer la tendance inquiétante à l’auto-immolation, dont les experts disent être la pire forme de meurtre, et va à l’encontre de tous les principes du bouddhisme tibétain.

Source : Radio Free Asia, 10 octobre 2011 et Centre des Tibétains pour les Droits de l’Homme et la Démocratie, 12 oct. 2011.

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[1] Localisation de Ngaba ("Aba" au centre de cette carte).
Le monastère de Kirti est situé au nord-ouest de Ngaba, sur cette carte.

[2] Voir l’article "Immolations : récapitulatif, actions et réactions", du 30/10/2011 ou les articles :
"Un jeune moine s’immole par le feu à Ngaba", du 17/03/2011 ;
"De nouvelles restrictions faites aux moines de Ngaba", du 24/03/2011 ;
"La police armée chinoise boucle le monastère de Kirti à Ngaba", du 14/04/2011 ;
"Crise au monastère de Kirti : appel à l’aide de l’Administration centrale tibétaine", du 23/04/2011 ;
"Après les avoir niés plus d’un mois, la Chine reconnait qu’il y a des troubles au monastère de Kirti", du 27/04/2011 ;
"Poursuite de la répression à Ngaba", du 10/05/2011 ;
"Tension toujours très forte dans la région de Ngaba", du 27/05/2011 ;
"La répression continue pour les moines du monastère de Kirti", du 04/06/2011 ;
"Tibet Lib : intervention pour Lobsang Dhargye", du 20/06/2011 ;
"Des centaines de moines du monastère de Kirti sont obligés de partir, expulsés ou détenus.", du 21/06/2011 ;
"Des moines du monastère de Kirti refusent de participer au rassemblement pour la prière "mise en scène" par les autorités chinoises", du 21/06/2011 ;
"Nouvelle immolation d’un moine au Tibet", du 15/08/2011 ;
"10 à 13 ans de prison pour trois moines tibétains après une immolation", du 31/08/2011 ;
"Deux autres moines du monastère de Kirti s’immolent par le feu", du 26/09/2011 ;
"Le monastère de Kirti bouclé après la tentative d’immolation de 2 moines", du 29/09/2011 ;
"Un moine tibétain tente de s’immoler à Ngaba le 3 octobre 2011", du 05/10/2011 ;
"Deux Tibétains tentent de s’immoler par le feu à Ngaba le 7 octobre 2011", du 07/10/2011 ;
"Convalescence de 3 moines de Kirti et tensions dans la région de Ngaba", du 08/10/2011.

[3] Originellement orthographié Khayang ou Kayang, le nom a été plus tard transcrit Khaying selon diverses sources. Il est donc possible de trouver les deux orthographes, comme souvent pour les noms tibétains.

[4] Voir l’article "Deux Tibétains tentent de s’immoler par le feu à Ngaba le 7 octobre 2011" et sa Note 4.

[5] Barkam, ou Barkham, འབར་ཁམས་ en tibétain, (Mǎ’ěrkāng ou 马尔康县 en chinois) peut être localisé sur cette carte


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