Politique de l’espoir

Entretien avec Samdhong Rinpoché, juillet 2005

dimanche 10 juillet 2005 par Rédaction

(Samdhong Rimpoché est Premier ministre du Gouvernement tibétain en exil)
NdR La date de cet article (juillet 2005) est à garder en mémoire, compte tenu des développements ultérieurs.

Q : Où en sont vos relations avec la Chine sur la question de l’avenir du Tibet et dans la perspective d’éventuelles négociations ?

S.R : Nous pensons que l’accueil par les autorités chinoises des trois visites des envoyés de Sa Sainteté le Dalaï Lama en Chine et dans des zones tibétaines est une indication positive comme quoi la Chine est sérieuse dans sa volonté de régler la question du Tibet de manière pacifique et à travers un processus de négociations. Notre principale préoccupation est que les six millions de Tibétains soient garantis de suffisamment de liberté pour préserver et promouvoir l’identité culturelle distincte du Tibet. Pour cela, nous réclamons une véritable autonomie régionale nationale dans le cadre de la République populaire de Chine.

Q : En octobre 2002, vous demandiez aux défenseurs du Tibet de ne pas perturber les visites d’officiels chinois à l’étranger jusqu’en juin 2003, ce en vue d’établir les bases d’un dialogue constructif avec la Chine. Quel en a été le résultat ? Pourquoi avoir fixé cette date plutôt qu’une autre ?

S.R : Oui, nous avons effectivement demandé aux groupes de soutien et aux ONG tibétaines de ne pas se montrer provocants durant les manifestations. Je pense que notre demande a produit des résultats en termes de création d’une atmosphère propice à des négociations, car nos contacts avec la direction chinoise se renforcent et les envoyés de Sa Sainteté ont pu effectuer leur deuxième [1] et leur troisième visites [2] en raison d’un environnement favorable. Après quoi, nous avons de nouveau encouragé les groupes de soutien à ne pas être agressifs et provocants contre la Chine jusqu’à ce que le processus de dialogue et de négociation parvienne à une conclusion logique.

Q : Vous avez qualifié de "positifs" certains signes manifestés par la Chine. Comment comprenez-vous les déclarations de Pékin qui semblent vous contredire à ce sujet ?

S.R : Sans tenir compte de la rhétorique provenant de la Chine, notre conviction est que la direction chinoise est sérieuse en voulant régler la question du Tibet de manière pacifique. Vous ne pouvez pas vous attendre à un changement visible dans les déclarations publiques de la RPC avant que des négociations substantielles ne parviennent à leur terme.

Q : En juillet 2000, une résolution du Parlement européen prévoyait de demander aux Etats membres de reconnaître votre gouvernement comme représentant légitime du peuple tibétain, en l’absence de négociation dans un délai de trois ans. S’agit-il d’une coïncidence ? Cette résolution vous a-t-elle aidé ou gêné dans vos efforts diplomatiques ? Pourquoi n’a-t-elle pas été mise en oeuvre ?

S.R : Tout intérêt exprimé par la communauté internationale ou toute résolution passée sur la question du Tibet par tout Parlement à travers le monde est utile pour la cause du Tibet. Cela envoie un message à la Chine comme quoi la communauté internationale se préoccupe des conditions actuelles au Tibet et cela aidera à encourager les dirigeants chinois à résoudre cette question de manière pacifique. Et de manière identique, la résolution du Parlement européen a été utile. Concernant la non-application de cette résolution, je ne peux pas répondre au nom du Parlement européen. Il faudrait poser la question à celui-ci. Le fait est que nous sommes toujours dans le processus du dialogue. Il nous faut encore parvenir à des négociations.

Q : Quel statut envisagez-vous en vue d’éventuelles négociations si votre gouvernement n’est pas reconnu ? Pourquoi maintenez-vous celui-ci si vous renoncez à l’objectif de l’indépendance ?

S.R : La question du Tibet reste encore à résoudre. C’est pourquoi nous continuons de maintenir l’Administration Centrale Tibétaine [3] pour veiller au bien-être des Tibétains exilés en Inde et à travers le monde. Une fois que la question du Tibet sera résolue à la satisfaction du peuple tibétain et que Sa Sainteté le Dalaï Lama retournera librement au Tibet, l’Administration Centrale Tibétaine sera dissoute et la gouvernance du Tibet sera remise entre les mains du peuple tibétain au Tibet.

Q : En cas d’échec de votre ligne diplomatique actuelle, quelle alternative envisagez-vous ?

S.R Nous poursuivons le processus de négociation avec la direction chinoise à travers l’approche de la Voie médiane, en ayant la pleine confiance que cela permettra au final d’atteindre nos objectifs. Par conséquent, la question de considérer une alternative ne se pose pas à cet instant.


Propos recueillis par Mathieu Vernerey, magazine Diplomatie n° 15, juillet-août 2005, avec son aimable autorisation.

[1] La 2ème visite fut du 25 mai au 8 juin 2003

[2] La 3ème visite fut du 12 au 29 septembre 2004.
Voir la chronologie des contacts sino-tibétains depuis 1979.

[3] Voir l’histoire de l’Administration centrale tibétaine.


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