Résumé sur la situation des Droits de l’Homme au Tibet en 2009

lundi 8 mars 2010 par Rédaction

L’année 2009 a marqué le 50ème anniversaire de l’exil du Dalaï Lama et du peuple tibétain [1]. En cinq décennies, les Tibétains ont enduré d’énormes épreuves et des violations systématiques des Droits de l’Homme perpétrés par le gouvernement de la République Populaire de Chine (RPC). Ces violations des Droits de l’Homme continuent d’être commises sans diminuer et en toute impunité ; le gouvernement n’envoie aucun signe d’adoucissement. Le soulèvement des Tibétains de 2008 [2] au Tibet a constitué un appel tonnant aux réformes et pour une solution au problème du Tibet ; pourtant, le gouvernement continue de nier sans la moindre humanité cet appel légitime du peuple. Des événements déterminants ont marqué l’année écoulée.
D’un côté, les autorités du Tibet sous contrôle chinois ont exécuté des Tibétains en raison des manifestations du printemps 2008 [3], ont annoncé une "journée d’émancipation des serfs" [4], ont sévèrement sévi contre les intellectuels tibétains et ont manipulé les lois pour faire passer le principe que le Parti communiste est au-dessus des lois. De l’autre côté, les peuples chinois et tibétain se sont rapprochés et les intellectuels et les groupes de réflexion chinois ont adopté des points de vue radicalement différents de ceux de leur gouvernement sur la question du Tibet.

Au Tibet, pendant cette année, des tribunaux expéditifs ont prononcé des peines de mort envers cinq Tibétains pour avoir participé aux manifestations du printemps 2008 [4]. Balayant les appels fusant des quatre coins du monde à annuler ces condamnations à mort, la Chine a appliqué ces sentences au grand dam de la communauté internationale. La Chine est le pays qui exécute le plus de personnes au monde ; elle exécute quantitativement plus que tous les autres pays réunis. L’État exhibe agressivement son droit à la souveraineté par l’application de la peine de mort malgré les appels internationaux et une résolution de l’Assemblée générale des Nations-unies sur un moratoire mondial sur la peine de mort. Cela transpirait à travers les exécutions perpétrées au Tibet, au Turkestan Oriental (Xinjiang) et au sujet d’un Britannique affecté de troubles mentaux pour lequel le gouvernement britannique a tenté d’obtenir la clémence.

En réponse à l’ampleur des protestations sur le plateau tibétain au printemps 2008 [2], le gouvernement a lancé une offensive propagandiste savamment orchestrée en faisant du 28 mars la "journée d’émancipation des serfs" [4]. Au lieu d’écouter les voix à l’échelon local et d’apporter des solutions, l’imposition gouvernementale de ce festival propagandiste annuel ne fait que rappeler aux Tibétains les événements de 2008 et renforcer leur rancœur envers le gouvernement. En frappant directement les revendications mêmes des manifestations tibétaines de 2008, en accentuant les calomnies à l’encontre du Dalaï Lama et donc du gouvernement tibétain en exil, le gouvernement a accentué ses provocations envers les Tibétains.

Depuis les manifestations pan-tibétaines du printemps 2008, les zones tibétaines incorporées à la province du Sichuan [5] sont clairement devenues le point de mire de l’ensemble du Tibet actuel. Récemment, la domination des activités politiques est passée de soi-disant "Région Autonome du Tibet" (RAT) aux zones tibétaines situées en dehors de la RAT. C’est tout à fait manifeste si l’on considère le nombre d’arrestations, de détentions et les statistiques de condamnations tenues par le Centre tibétain pour les Droits de l’Homme et la Démocratie (TCHRD). Bien qu’il soit certain que les chiffres exacts dépassent largement ce que le TCHRD répertorie, 1 542 Tibétains restent en détention ou purgent des peines de prison depuis le printemps 2008.

Au total, 53,18 % (soit 820 Tibétains) venaient de la province du Sichuan et le reste se répartit comme suit :
- 19,91 % (soit 307 Tibétains) venaient du Gansu,
- 9,01 % (soit 139 Tibétains) du Qinghai,
- 0,19 % (soit 3 Tibétains) du Yunnan et
- 17,70 % (soit 273 Tibétains) de la RAT.
De plus, les chiffres concernant les cas connus de Tibétains légalement emprisonnés depuis le printemps 2008 démontrent également que le Sichuan a effectivement été particulièrement actif sur le plan politique. Sur les 334 cas avérés de Tibétains condamnés, 48,1 % (soit 161 Tibétains) venaient de la province du Sichuan alors que le reste se répartit comme suit :
- 37,42 % (soit 125 Tibétains) venaient de la RAT,
- 8,68 % (29 Tibétains) du Qinghai et
- 5,08 % (soit 17 Tibétains) de la province du Gansu.
En 2009, 145 cas de détention ou de peines de prison ont été répertoriés. Sur ce total,
- 62,07 % (soit 90 Tibétains) venaient du Sichuan,
- 18,62 % (soit 27 Tibétains) de la RAT,
- 4,14 % (soit 6 Tibétains) du Gansu,
- 13,79 % (soit 20 Tibétains) du Qinghai et
- 1,37 % (soit 2 Tibétains) de la province du Yunnan.
Du fait que les zones tibétaines situées en dehors de la RAT ont été témoins du plus grand nombre d’incidents dans les manifestations depuis le printemps 2008, ce que confirme l’énorme taux de condamnations légales, il est plus que possible que les autorités dans les zones hors-RAT, lesquelles bénéficiaient d’une liberté relative, vont rapidement renforcer leur emprise. Les autorités ont déjà pris des mesures énergiques et intensifié les patrouilles dans les zones frontières. Le nombre de réfugiés fuyant le Tibet a significativement chuté en 2008 et 2009. Contre une moyenne d’environ 2 000 Tibétains fuyant le Tibet, chaque année, seulement 691 Tibétains sont parvenus à fuir en 2009 et seulement 627 en 2008.

Actuellement, les autorités se livrent à une parodie de justice au Tibet en l’étouffant pour servir les besoins du Parti communiste chinois (PCC). Afin de protéger les intérêts du Parti et de légitimer l’appel lancé par ses dirigeants à la "guerre populaire", les lois nationales ont été manipulées pour condamner les manifestants tibétains. Selon les documents en possession du TCHRD, plus de 334 Tibétains sont tombés sous le coup de condamnations légales depuis les manifestations du printemps 2008. Sur le nombre total de condamnations, 11 sont des peines de prison à perpétuité. Les procédures légales ont été menées sous des motivations politiques et ne sont par conséquent ni libres, ni justes.
Dans quasiment tous les dossiers, les accusés n’ont eu aucune défense légale indépendante et dans les quelques cas où les accusés étaient représentés par des avocats choisis, les autorités se sont assurées que ces représentations aient été bloquées soit par intimidation, soit par des tactiques procédurières.
L’un des cas ayant fait le plus de bruit cette année a été la condamnation de Phurbu Tsering Rinpoche à huit ans et demi de prison. Son avocat pékinois a été empêché de le représenter et un tribunal l’a condamné à de la prison ferme pour "possession d’armes" au cours d’un jugement à huis clos. Phurbu Rinpoche est une personnalité religieuse connue et respectée et il a donc été inquiété pour sa personnalité et pour l’influence qu’il peut exercer sur les Tibétains. Son inculpation pour "possession d’armes" n’est qu’une tentative de manipulation du dossier pour le faire passer pour un activiste terroriste. Localement, les Tibétains n’ont pas cru un seul instant à de telles accusations et au lieu de cela, une telle inculpation ne fait qu’accentuer le ressentiment envers les autorités pour tenter de faire passer cette personnalité bien-aimée pour un criminel. Un autre cas similaire récent a été la condamnation à mort de Trulku Tenzin Delek Rinpoche en 2003 avec un sursis de deux ans, ultérieurement commuée à la prison à perpétuité. Sept ans après l’inculpation, les Tibétains des comtés de Lithang et de Nagchukha ont renouvelé les appels à sa libération en décembre 2009 auprès des autorités provinciales et centrales. Une vague de Tibétains de tous les milieux sociaux a orchestré d’importantes manifestations afin d’obtenir la libération du lama et un compromis a finalement été atteint : les autorités ont accordé aux gens de Lithang et de Nagchukha des visites mensuelles à Trulku. Le cas de Trulku Tenzin Delek révèle que le rejet populaire sans ambiguïté de la condamnation légale mais injuste rendue il y a plusieurs années. Le cas de Phurbu Tsering Rinpoche est identique à celui de Trulku Tenzin Delek Rinpoche. Au cours de l’année, des intellectuels, des artistes et des blogueurs tibétains sont tombés sous le coup d’une répression gouvernementale sévère. Ils ont principalement été inculpés de "divulgation de secrets d’État" et pour des activités qui seraient autrement perçues comme expression standard d’opinions ou de croyances. Parmi les cas les plus importants figurent les condamnations de Kunga Tsangyang à cinq années d’emprisonnement pour ses écrits et pour avoir photographié la dégradation environnementale au Tibet, de Kunchok Tsephel Gopeytsang à 15 ans de prison pour avoir administré le site web Chonmei, et de Kang Kunchok, l’ancien rédacteur en chef de Gangsai Meiduo à 2 ans de prison. Plus personne n’a de nouvelles de Tashi Rabten, rédacteur en chef d’un magazine littéraire interdit et auteur de Written In Blood (Lettres de sang) depuis sa disparition en juillet 2009. Dokru Tsultrim, rédacteur en chef du magazine littéraire Life Of Snow (La vie de la neige), a été arrêté en avril 2009. Le chanteur Tashi Dondrup, ayant sorti l’album Torture Without Trace (Torture sans trace), a été arrêté en décembre 2009. Gyaltsen et Nyima Wangdue ont été condamnés à trois peines d’emprisonnement pour avoir mis des photos du Dalaï Lama sur le forum de discussion populaire chinois QQ.com. Cinq moines des monastères de Tsakho et de Khakhor sont toujours détenus pour avoir produit un vidéo CD intitulé Chakdrum Marpo.

La stricte restriction gouvernementale en matière de liberté d’expression incite les Tibétains à trouver des moyens audacieux de diffuser leurs messages, tout en étant pleinement conscients du risque de sévères punitions, afin que ceux-ci atteignent un public plus important. Des témoignages vidéos deviennent populaires grâce à leur intense efficacité en termes de communication, ajoutée à l’authenticité procurée par le visionnement et l’écoute d’un individu s’adressant à la caméra. L’an dernier, le moine rebelle Jigme Guri, de Labrang, a témoigné par vidéo sur la torture en détention. Dhondup Wangchen a eu recours à de nombreux témoignages vidéos de Tibétains exprimant leurs inquiétudes dans son documentaire Leaving Fear Behind (Abandonner la peur). Kelsang Tsultrim, du monastère de Gitsang Gaden Choekhorling, a enregistré son témoignage en juillet 2009 et l’a distribué à grande échelle dans sa localité. Le vénérable Rinchen Sangpo a mis en vidéo son témoignage sur les Tibétains de la région de Golok, en octobre 2008 et celui-ci a été rendu public en septembre 2009. Il faut remarquer que cette tendance est une tentative désespérée des Tibétains du Tibet de se faire entendre, en l’absence d’observateurs internationaux et de moniteurs indépendants des Droits de l’Homme. L’augmentation de la disponibilité de preuves photographiques et vidéos et la tendance croissante de témoignages vidéos dénotent d’une montée encourageante du journalisme citoyen au Tibet.

La torture est une pratique systématique dans les prisons au Tibet sous administration chinoise. Les mensonges de la Chine à la face du monde et aux émissaires des Nations-unies sur la torture ont été dévoilés en 2010. Malgré l’affirmation qu’elles n’avaient pas recours à la torture et la revendication de retenue dans le traitement des manifestants tibétains par les autorités chinoises, des preuves vidéos ont été secrètement sorties du Tibet et ont profondément choqué le monde entier avec la mort atroce d’un jeune Tibétain, M. Tendar, sous la torture qu’il a subie en détention. Son crime était d’être intervenu alors qu’il avait vu des policiers battre des moines durant une émeute à Lhassa en mars 2008. Pour avoir défendu les moines, il a été brutalement torturé au centre de détention et on lui a refusé les soins médicaux nécessaires à temps pour soigner ses blessures. Au moment de sa mort, les blessures sur son corps avaient pourri et un clou a été retrouvé planté dans son pied lors de ses funérailles traditionnelles à ciel ouvert. Par ailleurs, Kalden, moine du monastère de Drepung, arrêté le 10 mars 2008 pour avoir participé à une manifestation, est mort en août 2009 après une période prolongée d’isolement, de torture et de mauvais traitement en prison. Un autre cas important ayant entrainé la mort a été ébruité lorsque Yangkyi Dolma, nonne de 33 ans, est morte en décembre 2009, à l’hôpital du gouvernement de Chengdu. Elle avait été arrêtée le 24 mars 2009 alors qu’elle et une autre nonne avaient organisé une manifestation pacifique sur la place principale du marché de Kardze. Elles avaient appelé au respect des "Droits de l’Homme pour les Tibétains du Tibet".
Elles ont été violemment battues par les forces de sécurité sur le lieu de la manifestation et embarquées au centre de détention. Dans ses conclusions sur une évaluation du rapport étatique de la RPC fait en novembre 2008, le Comité des Nations-unies contre la torture a fait plusieurs recommandations au gouvernement chinois, notamment de s’assurer que toute personne détenue ou arrêtée suite au soulèvement du printemps 2008 puisse "rapidement consulter un avocat indépendant, recevoir des soins médicaux et puisse déposer plainte sans représailles ou harcèlement de la part des autorités". Malheureusement, le gouvernement n’a prêté aucune attention à ces recommandations puisqu’aucune amélioration tangible dans l’interdiction du recours à la torture, aux traitements cruels, inhumains ou dégradants n’a été constatée.

Sana la moindre honte, les autorités chinoises ont nié le recours à la force contre les manifestants tibétains lors du soulèvement du printemps 2008 au Tibet. Le gouvernement a ignoré une communication délivrée conjointement par sept émissaires des Nations-unies sur la protection des Droits de l’Homme et le Comité des Nations-unies contre la torture, exigeant des réponses du gouvernement au sujet du recours à la force et des meurtres de manifestants tibétains, notamment dans les comtés de Ngaba, Kardze et Lhassa. Une année s’est écoulée depuis les conclusions du Comité en novembre 2008 et pourtant, la RPC continue d’ignorer passivement les demandes de réponses formulées par le Comité. Devant l’absence de réponse de la part du gouvernement, un jeune moine qui a survécu aux tirs à l’aveuglette des forces de sécurité dans le comté de Kardze a fui le Tibet. Âgé de dix-huit ans, le vénérable Dorjee Rinchen a fait un récit effroyable de la manière dont les forces de sécurité ont ouvert le feu sans distinction et sans sommation sur un groupe de manifestants pacifiques, ce qui a causé la mort d’au moins 14 personnes, dont l’oncle du vénérable Dorjee. Lui-même a été touché par une balle mais a heureusement survécu à l’incident et a échappé aux arrestations en se cachant en haute montagne pendant plus de deux mois. Un autre Tibétain âgé de trente-neuf ans, Tsewang Dhondup a également essuyé les tirs alors qu’il aidait Kunga, un jeune moine ayant ultérieurement succombé à ses blessures infligées par les tirs aveugles de la police sur un groupe d’environ 300 manifestants tibétains à Tehor. Des amis ont caché Dhondup pendant 14 mois dans les montagnes au cours desquels ils lui ont fourni des médicaments de base et celui-ci a miraculeusement échappé à la mort. Il a ensuite fui le Tibet dans l’espoir de témoigner devant les Nations-unies. Malgré des témoignages directs de la part de victimes, des preuves documentées et visuelles, le gouvernement de la RPC s’acharne à nier la réalité d’exécutions extrajudiciaires.

Dans l’esprit de "Bodmi Kyiduk Nyamnyong" (slogan populaire utilisé durant le soulèvement tibétain de 2008, signifiant que "les Tibétains se serrent les coudes pour le meilleur et pour le pire"), un mouvement solidaire de non-célébration du Nouvel An tibétain et de désobéissance civile de boycott agricole par les Tibétains de la région de Kardze a été extraordinairement suivi [6]. La non-célébration du Nouvel An tibétain s’est muée en mouvement global tibétain enraciné au Tibet. Des rapports ont fait état du fait que certaines autorités chinoises locales ont donné des ordres directs de corrompre certaines sections de la société en leur faisant miroiter des avantages financiers s’ils célébraient le Nouvel An. Les défilés militaires, d’ordinaire populaires, notamment lors du Nouvel An tibétain, ont été annulés en plusieurs endroits. Le mouvement de boycott agricole [7] a eu de sérieuses répercussions puisque beaucoup de Tibétains ont été arrêtés et qu’un décès au moins a été constaté, lié au mouvement. Dans les comtés de Kardze, Drango et Nyarong, les autorités ont publié des avis informant les paysans de labourer leurs terres sous peine de confiscation. La police a même ouvert le feu sur un groupe de Tibétains manifestant contre un jugement rendu par un tribunal. La répression s’est abattue sur les paysans et les autorités ont même exhibé 11 Tibétains en public ayant refusé d’obéir aux ordres des autorités de labourer leurs champs. Toutes les tactiques d’intimidation utilisées par les autorités ont échoué. Cependant et ironiquement, l’appel du Premier Ministre tibétain en exil aux Tibétains de retourner à leurs champs a, lui, été écouté. En tout état de cause, cela a causé un mois de retard dans la saison agricole et les paysans ont donc dû essuyer de lourdes pertes relatives à ce manquement dans les cultures.

La liberté de culte est actuellement sévèrement encadrée au Tibet. Intimidation, restriction des activités religieuses et de la circulation des moines et des nonnes dans les institutions religieuses constituent la tactique des autorités chinoises et garantissent un déclin régulier de la qualité des enseignements religieux. L’application continue et rigoureuse de la campagne de "rééducation patriotique" assure un avenir sombre et funeste au bouddhisme tibétain. Afin d’instaurer la "stabilité", les autorités continuent de viser principalement la communauté monastique dans ses diverses campagnes de "réformes" et d’inculquer l’amour de la "mère-patrie". L’infâme campagne de "rééducation patriotique" a été intensifiée cette année [8], impliquant d’innombrables violations de la liberté de culte. Par des actes délibérés, les représentants du gouvernement ont ordonné aux moines de dénoncer leur propre maître spirituel, de vilipender leurs lamas respectés et d’accomplir des actes interdits par les vœux et le code de conduite monastiques, au nom de la "rééducation patriotique" initiée par les Chinois et exigée pour pouvoir continuer d’être moine ou nonne. La persécution religieuse au sein des institutions religieuses tibétaines est manifeste, car le nombre de suicides de moines et de nonnes bouddhistes tibétains a sensiblement augmenté depuis les émeutes du printemps 2008 au Tibet. Le traumatisme psychologique extrême et l’imposition d’exigences inconciliables à la communauté monastique obligent moines et nonnes à franchir le pas ultime malgré le fait que les bouddhistes tibétains considèrent le suicide comme l’une des formes les plus viles de péché qui viole les préceptes cardinaux de la doctrine.

Sur fond de croissance économique excluant une ethnie, les projets de développement ne produisent pas de bénéfices directs pour les Tibétains. Dans une attribution calculée et délibérée des ressources, les administrateurs chinois du Tibet octroient la plupart des contrats à des entreprises d’État extérieures à la province, plutôt qu’à des entreprises dirigées et gérées à l’échelon local. L’État est obsédé par les projets impliquant l’extraction des ressources, au détriment des compétences humaines. Preuve flagrante, l’index du rapport des Nations-unies sur le développement humain est le cadet des soucis dans toutes les provinces de la RPC. Le taux très haut d’analphabétisme fait que les Tibétains sont sérieusement désavantagés pour protéger leurs droits fondamentaux et pour exercer leurs droits de citoyens. Et le fait que les Chinois de l’ethnie han continuent de détenir les positions les plus hautes au PCC dans la quasi-totalité des comtés et préfectures empire la situation et complique davantage la possibilité pour les Tibétains d’avoir leur mot à dire.

Au nom du "progrès", des programmes de réimplantation gouvernementaux ont déraciné et perturbé le style de vie traditionnel tibétain à la vitesse grand V. Violant le droit international sur le développement, ces déplacements se produisent sans aucune compensation pour les populations affectées, ni leur consentement. De plus, l’inaccessibilité des Tibétains à des soins de santé abordables constitue aussi une préoccupation cruciale. Ceci est particulièrement problématique dans les zones tibétaines majoritairement rurales. Toujours soucieuse de présenter une image positive du Tibet au monde, la RPC concentre ses ressources et son attention sur les villes qui attirent le plus de touristes. Sous le gouvernement de la RPC, l’éducation au Tibet s’est gravement détériorée car elle a été utilisée comme véhicule pour propager et renforcer la mainmise du PCC sur le Tibet. L’état de délabrement des écoles, la piètre qualité des enseignements et d’élaboration d’un programme pour inculquer les idéologies socialistes aux enfants et les décourager de parler leur propre langue et d’apprendre leur propre histoire provoque la douloureuse décision de fuir en exil vers un lieu où il est possible de recevoir une éducation moderne et généralisée. Dans des circonstances aussi pénibles, les parents envoient leurs enfants entreprendre un voyage semé d’embûches à travers l’Himalaya, souvent pour ne jamais les revoir, les confiant à des inconnus et à des guides, dans l’espoir qu’il soient admis dans le réseau scolaire géré par le gouvernement tibétain en exil.

En accord avec la Déclaration universelle des Droits de l’Homme (DUDH) et en tant qu’État membre de la Convention relative aux Droits de l’Enfant (CDE) et du Pacte international sur les Droits économiques, sociaux et culturels (PIDESC), la RPC a pour obligation de s’assurer que les droits énoncés dans ces instruments internationaux sont bien appliqués. La Constitution de la RPC appelle au "devoir ainsi qu’au droit à l’éducation", sans distinction de nationalité, de race, de sexe… ou d’obédience religieuse. Malgré les mandats du droit national et du droit international, l’État maintient des politiques et des programmes qui nient de fait l’accès à l’éducation aux enfants tibétains. Ce refus a de sérieuses conséquences sur la population tibétaine et la préservation de sa culture.

Des disparités et des inégalités sont apparues dans la marginalisation économique croissante des Tibétains qui se voient refuser des offres d’emplois pour cause de bagage éducatif inférieur qui leur a été imposé. Puisque les colons chinois sont plus éduqués et maîtrisent la langue chinoise, il est impossible pour beaucoup de Tibétains d’avoir la moindre chance dans la course aux emplois. À moins que le gouvernement ne remplisse ses obligations d’offrir un enseignement fondamental aux petits Tibétains, comme c’est leur droit, ceux-ci continueront de risquer leur vie en entreprenant de dangereux voyages à travers l’Himalaya, en quête d’une éducation en exil.

Malgré la main de fer que le gouvernement de la RPC continue de maintenir sur le Tibet, le Dalaï Lama a exprimé sa foi authentique et sincère dans le peuple chinois. Plus d’une centaine de délégués chinois et tibétains, comprenant des intellectuels, des académiques, des juristes et des spécialistes des Droits de l’Homme, se sont réunis à Genève, en Suisse, au mois d’août 2009 [9], dans le but de promouvoir la compréhension entre les deux communautés et de trouver des voies vers une solution à la question du Tibet. Cette conférence sino-tibétaine "Finding Common Ground" ("Trouver un terrain d’entente") a conclu que la cause principale de "la question tibétaine n’est pas le conflit entre les peuples chinois et tibétain mais plutôt le régime dictatorial de la République Populaire de Chine au Tibet et son génocide culturel du Tibet" ; elle a fortement proposé que "la solution à la question tibétaine soit étroitement liée à la démocratisation de la Chine".

Les intellectuels, académiques, juristes et défenseurs des Droits de l’Homme chinois ont fait preuve d’une grande audace en montrant leur intégrité et leur professionnalisme. En totale défiance de la position du gouvernement sur le soulèvement des Tibétains se livrant "à des activités criminelles de pillage, d’incendies et de destruction", l’avocat basé à Pékin de l’organisation et groupe de réflexion Gongmeng (Initiative pour une Constitution ouverte) [10] a publié un rapport très innovant en mai 2009, lequel réfutait clairement la position officielle et soulignait les échecs du gouvernement comme étant les causes du soulèvement tibétain contre les autorités. Les auteurs du rapport ont déclaré : "Nous ressentons profondément le mécontentement et la colère populaires derrière les incidents (les émeutes du printemps 2008) et la complexité de leurs causes sociales… Une importante perspective d’interprétation sur l’incident du 14 mars 2008 (lorsque les violences ont entaché les manifestations à Lhassa) est la réaction générée dans une situation de tension par une société et un peuple face à des changements survenus au cours des dernières décennies.
L’implication du refus des demandes raisonnables est une notion incompréhensible et c’est précisément ce que nous devons comprendre et ce à quoi nous devons réfléchir
". Sans surprise, les autorités ont rapidement réagi à ce rapport et ont dissous l’organisation sous prétexte "d’évasion fiscale", la taxant "d’illégale". Le Bureau de la Justice de Pékin a révoqué les licences de 53 avocats associés à cette organisation.

En 2009, les Nations-unies se sont fortement concentrées sur la lutte contre le racisme à travers le monde. Dans sa déclaration lors de la journée internationale des Droits de l’Homme, la Haute Commissaire aux Droits de l’Homme, Mme Navinatham Pillay, a reconnu, relativement au concept de non-discrimination, que : "Dans toutes les régions du monde, les minorités continuent d’être confrontées à des menaces sérieuses, à la discrimination et au racisme ; elles sont fréquemment exclues d’une pleine participation à une vie économique, politique, sociale et culturelle dont jouissent les majorités dans les pays ou les sociétés au sein desquels elles vivent". Pendant l’année, le gouvernement chinois a efficacement muselé directement et indirectement les voix tibétaines s’exprimant sur le racisme au Tibet. En avril 2009, la Chine s’est assurée que le Centre tibétain pour les Droits de l’Homme et la Démocratie (CTDHD) ne reçoive pas d’accréditation à la Conférence d’examen de Durban, par d’efficaces manipulations des tactiques de procédure. En août 2009, le Comité pour l’élimination de la discrimination raciste des Nations Unies (CEDR) s’est réuni pour examiner la conformité de la Convention de l’élimination de la discrimination raciale. Alors que le secrétariat du CEDR avait mis des rapports d’ONG soutenues par le gouvernement chinois sur son site web officiel, il a inclus le rapport alternatif du TCHRD en demandant à ce dernier de supprimer la mention de l’occupation du Tibet par la Chine et l’expression de "génocide culturel" utilisé dans la conclusion. Le Centre a exprimé son impossibilité de se plier à cette directive et a donc maintenu sa position estimant que le Tibet est un pays sous occupation étrangère et que le racisme est inévitable dans un territoire occupé. Au vu de la dégradation du respect des Droits de l’Homme au Tibet, lors de la 12ème session du Conseil aux Droits de l’Homme des Nations-unies, la Haute Commissaire aux Droits de l’Homme a appelé les autorités chinoises à "respecter les Droits de l’Homme en faisant respecter le droit" et les a encouragé "à réfléchir aux causes profondes de ces incidents, dont les discriminations et les manquements à protéger les droits de minorités". L’appel de la Haute Commissaire à la Chine à cesser les violations des Droits de l’Homme envers les minorités et de s’attacher aux causes profondes du problème plutôt que de priver les gens de leurs droits doit être entendu par le gouvernement chinois et se traduire par des actes de bonne foi. La Chine doit faire preuve de ses qualités de droiture morale et de respect des critères relatifs aux Droits de l’Homme, à la lumière de sa réélection controversée au Conseil des Droits de l’Homme pour le second semestre, en mai 2009. En février 2009, acceptant certaines recommandations, la Chine avait rejeté la plupart des recommandations substantives formulées par les États membres des Nations-unies par le système de l’examen périodique universel (EPU) pour faire progresser les Droits de l’Homme en Chine. Abolition de la peine de mort, application des recommandations du Comité contre la torture, réforme des lois secrètes de l’État, abolition des réformes par le travail et l’emprisonnement, abolition de divers systèmes de détentions arbitraires, établissement d’institutions nationales pour les Droits de l’Homme et garantie de la liberté de culte figuraient parmi les recommandations totalement rejetées par la Chine. Le système de l’EPU en tant que processus géré par l’État visant à améliorer la situation des Droits de l’Homme parmi les États membres des Nations-unies se solde par un échec en ce qui concerne la Chine.

La visite du Président américain Barack Obama en Chine était l’un des événements les plus importants de 2009 pour les observateurs de la Chine et les organismes de surveillance des Droits de l’Homme. Alors que le Président Obama a réitéré la position des États-Unis d’Amérique sur le Tibet en tant que partie de la Chine, il a également soutenu la reprise du dialogue entre le gouvernement chinois et les émissaires du Dalaï Lama afin de résoudre les préoccupations et les différences entre les deux parties. Il n’y a pas eu d’entrevue entre les émissaires du Dalaï Lama et les autorités chinoises depuis l’arrêt des pourparlers, fin 2008. [11]

L’ex-Sous-secrétaire d’État à la Démocratie et aux Affaires mondiales et Coordinateur spécial pour la question tibétaine, Mme Paule Dobriansky, a souligné que "l’administration Obama doit appeler à un dialogue consistant entre Pékin et les émissaires du Dalaï Lama. Le Président Obama doit rencontrer le Dalaï Lama lors de la venue de celui-ci à Washington en février (2010) [12] et appeler publiquement les dirigeants chinois à autoriser le Dalaï Lama à effectuer un pèlerinage en Chine". Réagissant suite au précédent instauré par l’administration américaine, l’Australie et la Nouvelle-Zélande ont suivi et n’ont pas rencontré le Dalaï Lama. L’an passé, le gouvernement britannique a retiré sa position sur la souveraineté chinoise sur le Tibet et cette année, le Danemark a changé de position sur le Tibet, à la veille du sommet des Nations-unies sur le changement climatique de Copenhague. Les derniers développements dans le changement des approches et des positions par les gouvernements sont inquiétants et dénotent fortement la stratégie d’apaisement des gouvernements occidentaux face à une Chine de plus en plus forte et riche.

Le "Premier plan d’action sur la protection des Droits de l’Homme 2009-2010" publié par le Bureau d’information du Conseil d’État de la Chine le 13 avril 2009 est une initiative qui a été bien accueillie. Ce document promet aux citoyens davantage de protection légale, de meilleures conditions de vie, plus de droits civiques et politiques, dont le droit des détenus et le droit à un procès équitable. Bien qu’il soit encourageant de remarquer que le gouvernement a avancé un document de référence, il est cependant fâcheux de constater que son application n’est pas sérieusement considérée, notamment du fait des exécutions sommaires perpétrées au Tibet et au Turkestan Oriental. Alors que le document énumère les améliorations théoriques et l’immémoriale rhétorique sur les remarquables réussites réalisées dans le domaine de la protection des Droits de l’Homme et la jouissance des Droits de l’Homme et la liberté, conformément au droit, à un moment opportun, la communauté internationale attend que la Chine apporte la preuve qu’il ne s’agit pas du "même vin servi dans une bouteille différente".

L’année 2009 a été une année de condamnations légales à l’aube du soulèvement pan-tibétain du printemps 2008 au Tibet. Le grand nombre de condamnations arbitraires de Tibétains montre clairement la nature sommaire et arbitraire du judiciaire dans le Tibet sous administration chinoise. Cela souligne que l’appareil judiciaire en Chine obéit à des motivations politiques, d’où l’extrême dureté dans le traitement des aspirations des gens aux Droits de l’Homme fondamentaux. Sans respect pour la stratégie gouvernementale consistant à sévèrement réprimer la dissidence politique, les Tibétains campent sur leur position de défiance dans leur quête de liberté et des Droits de l’Homme. Malgré la main de fer du gouvernement, les intellectuels, académiques, avocats et spécialistes des Droits de l’Homme chinois ne se sont pas découragés. Cette énergie positive de la communauté intellectuelle en Chine donne l’espoir de changements au sein de la République Populaire de Chine.

Source : Document publié par le Tibetan Center for Human Rights and Democracy, Dharamsala, Inde

Traduction française d’Alexandre H. pour le Bureau du Tibet, Paris
Notes ajoutées par Tibet-info.net

[1] Voir les articles
- Historique du 10 mars 1959 à Lhassa.
- Chronologie historique détaillée du Tibet.

[2] Voir l’article Escalade de la violence au Tibet - Historique.

[3] Voir les articles
- Premières condamnations à mort un an après les émeutes de Lhassa, du 8/04/09
- 5 Tibétains condamnés à mort ou à la prison à vie, du 19/04/09
- Deux Tibétains exécutés à Lhassa après les émeutes de 2008, du 22/10/09
- Condamnation à mort et longues peines de prison pour trois Tibétains, du 09/03/10.

[4] Voir les articles
- Indignation des Tibétains devant la déclaration chinoise de déclarer le 28 mars "journée de l’émancipation des serfs"
- La journée de "l’émancipation des serfs" cache une répression au Tibet.

[5] Voir la carte "Tibet sous occupation chinoise" (pdf)

[6] Voir l’article Des dizaines de personnes arrêtées à Lhassa, alors que le mouvement “Pas de nouvel an” se développe..

[7] Voir l’article Répression du mouvement de boycott agricole, du 18/06/09

[8] Voir l’article et sa note de bas de page Détention de centaines de Tibétains dans le cadre de la campagne "Frapper fort".

[9] Voir l’article Conférence sino-tibétaine à Genève (6-8 août 2009) : "trouver des terrains d’entente".

[10] Voir cette note.

[11] Voir les articles
- Chronologie des contacts sino-tibétains depuis 1979
- Le Dalaï Lama prêt à examiner une stratégie plus dure face à la Chine, du 27/10/08
- La Chine confirme une prochaine rencontre avec les envoyés du Dalaï Lama, du 29/10/08
- Huitième rencontre sino-tibétaine à Pékin,du 31/10/08
- Discours du Dalaï Lama sur les relations sino-tibétaines (extrait), du 01/11/08
- Echec des récentes discussions sur le Tibet, selon Pékin, du 10/11/08
A noter qu’après ces rencontres de 2008, de nouvelles rencontres ont eu lieu en 2010, n’étant donc pas encore prises en compte dans ce rapport 2009. Voir à ce sujet :
- 9ème rencontre sino-tibétaine, du 25/01/10
- Retour en Inde des représentants du Dalaï Lama envoyés en Chine, du 02/02/10
- Déclaration de l’émissaire de Sa Sainteté le Dalaï Lama, Kasur Lodi Gyari, chef de la délégation envoyée en Chine en janvier 2010, du 03/02/10.

[12] NdR Le rapport du TCHRD mentionne février 2009, mais c’est le 18 février 2010 qu’il a rencontré le président Obama. En février 2009, son emploi du temps ne mentionne pas de voyage aux USA.


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