Une nonne tibétaine meurt après s’être immolée par le feu en Chine

jeudi 3 novembre 2011 par Rédaction

Une nonne tibétaine est décédée le 3 novembre 2011 après s’être immolée par le feu à Tawu [1], dans la province chinoise du Sichuan, pour protester contre la répression religieuse, portant à onze le bilan connu des immolations et tentatives d’immolations de bouddhistes tibétains cette année dans cette région.
Fait assez rare, l’information a été donnée par l’agence officielle Chine nouvelle. Puis elle a été confirmée par au moins deux associations de défense des Tibétains dont le siège est à l’étranger.

" Palden Choetso  [2], originaire d’un couvent du district de Tawu, dans la "Préfecture Autonome Tibétaine de Kardzé" [3] a mis le feu à son corps" à la mi-journée, à un carrefour, selon l’agence officielle, qui ajoute qu’elle avait "environ 35 ans".
"Nous avons appris qu’elle avait lancé un appel à la liberté religieuse ainsi qu’à un retour du Dalaï Lama au Tibet" avant d’accomplir son geste désespéré, a raconté à l’AFP Kate Saunders, de l’association International Campaign for Tibet (ICT), dont le siège est à Londres. Palden Choetso se serait semble-t-il immolée au même endroit que Tsewang Norbu, le 15 août 2011. [4]

Contactée par téléphone par l’AFP, la police de la préfecture de Kardzé a refusé de commenter la nouvelle. Toutefois Chine Nouvelle a indiqué plus tard que, selon les premières conclusions de l’enquête de la police, cette immolation "avait été organisée et promue à l’initiative de la clique du Dalaï Lama, qui a programmé la série d’immolations au cours des derniers mois avec des motivations séparatistes".
Palden Choetso est la deuxième nonne tibétaine à s’immoler [5], après celle qui s’était fait brûler le 17 octobre près de la localité de Ngaba, pour protester contre la répression, exercée selon elles, à l’encontre du bouddhisme tibétain.
Deux jours après, Pékin avait accusé la "clique du Dalaï Lama" de "terrorisme déguisé" et d’avoir encouragé les récentes immolations ou tentatives d’immolations, mais le Dalaï Lama s’est déclaré à plusieurs reprises opposé aux immolations, y compris et déjà le 17 juin 1998 lors de la toute première immolation de Thubten Ngodup à Delhi. [6]

L’ONG Free Tibet, dont le siège est aussi à Londres, a de son côté également confirmé l’immolation de la religieuse.
Dans cette zone "les Tibétains sont réputés pour la force de leurs convictions religieuses", a ajouté Kate Saunders. La région, selon elle, "est très agitée depuis quelque temps, particulièrement depuis juillet".

Neuf moines tibétains et une nonne se sont déjà immolés par le feu ou ont tenté de le faire depuis mars 2011 dans des régions de la province du Sichuan habitées par des Tibétains. [7]
Plusieurs d’entre eux ont également lancé, juste avant de mourir, des slogans en faveur du retour du Dalaï Lama, leur chef spirituel exilé.

De nombreux Tibétains ne supportent plus ce qu’ils considèrent comme une domination grandissante des Hans, ethnie fortement majoritaire en Chine, et le monastère de Kirti, dans le Sichuan, est devenu le foyer de la contestation contre la répression de leur religion et de leur culture.
Les moines bouddhistes se plaignent de la surveillance policière et nombre d’entre eux subissent des campagnes de rééducation politique.

Les suicides publics des moines sont un phénomène relativement nouveau illustrant, selon les ONG, le désespoir face à la répression dans les régions tibétaines.
"Pour certains moines, leur identité religieuse a plus de prix que la vie elle-même", affirme Kate Saunders.

Le Parlement européen s’est déclaré la semaine dernière "extrêmement préoccupé" par les récentes immolations ou tentatives d’immolations. [8]
"L’immolation peut être considérée comme une forme de protestation et l’expression du désespoir croissant que ressentent les jeunes Tibétains", ont relevé les eurodéputés.

Sources : AFP, International Campaign for Tibet, Free Tibet, 3 novembre 2011

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[1] Tawu, ou Daofu (道孚县) en chinois), peut être localisé sur cette carte.

[2] Palden Choetso est identifiée sous son nom chinois de Qiu Xiang par Chine Nouvelle et dans divers médias, y compris dans les dépêches AFP.

[3] Kardzé (Ganzi ou 甘孜县 en chinois), parfois écrit Garzé, est situé dans la province chinoise du Sichuan et peut être localisé sur cette carte.

[4] Voir l’article "Nouvelle immolation d’un moine au Tibet", du 15/08/2011.

[5] Voir l’article "9ème immolation, d’une nonne, à Ngaba", du 18/10/2011.

[6] Les Tibétains ne partagent pas tous le même point de vue sur ce type d’action : certains dénoncent une hérésie, d’autres défendent un sacrifice nécessaire à la cause tibétaine.
Pour Tashi Choezom, une étudiante de New Delhi qui n’a jamais vu le Tibet, le suicide des bonzes est un péché. "J’exprime ma solidarité avec ceux qui se sont immolés par le feu, mais c’est très mal de se suicider", affirme la jeune femme en marge d’une manifestation de Tibétains en exil.
"Nous nous assurons le soutien de l’étranger en faisant cela, mais ces immolations doivent cesser. Le bouddhisme les interdit", poursuit Choezom.
Geshey Lobsang, un moine du monastère du Dalaï Lama à Dharamshala dans le nord de l’Inde, affirme que plusieurs lectures des préceptes du bouddhisme sur le suicide sont possibles : "Détruire un corps est un péché, mais la philosophie bouddhiste stipule aussi que toute action doit être conduite par une raison suffisante", explique-t-il à l’AFP. "Donc, si les Tibétains s’immolent par le feu en vertu d’une raison suffisante, dans le dessein de remplir une cause plus élevée, ce n’est pas un péché".
Les dirigeants tibétains en exil sont eux-mêmes partagés. Le Dalaï Lama s’est déclaré opposé aux immolations qui vont à l’encontre du caractère sacré de la vie. Mais le Premier ministre du gouvernement en exil, Lobsang Sangay, a salué "le courage" de ceux qui ont choisi de se transformer en torche humaine pour la "cause du Tibet".
"La vraie question est : pourquoi ces jeunes Tibétains font cela ?", interroge Samphel Thubten, un porte-parole du gouvernement tibétain en exil. "Leurs actes sont le résultat des mesures très répressives qui ont été mises en place. Les victimes de cette répression n’ont pas d’échappatoire", affirme-t-il.

[7] Voir l’article "Immolations : récapitulatif, actions et réactions", du 30/10/2011.

[8] Voir l’article "Le Parlement européen "préoccupé" par les immolations de moines en Chine", du 28/10/2011.


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