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La jeune religieuse tibétaine Ngawang Sangdrol, condamnée à 21 ans de prison, a été libérée le 17 octobre 2002, pour raisons médicales.
Elle a quitté la prison n°1 de Lhassa à 11h30 GMT pour être conduite au domicile de sa famille.
Depuis plusieurs jours, son état de santé inspirait les craintes les plus vives et les interventions en sa faveur s’étaient multipliées.
Le Comité de soutien au Peuple Tibétain (France) qui agit en faveur de cette libération depuis près de dix ans accueille cette nouvelle avec satisfaction et souhaite que la jeune femme puisse recevoir, au Tibet ou en France, les soins que son état exige.
Il remercie toutes les personnes, élus nationaux ou municipaux, intellectuels, artistes, sportifs, militants des droits de l’homme qui, au cours de cette longue campagne ont manifesté une solidarité sans faille et il les invite à poursuivre leur action en faveur de la libération de tous les prisonniers de conscience tibétains avant la fin de cette année.
Jean Paul Ribes - Président du CSPT (F)
Portrait de Ngawang Sangdrol

NB : le portrait de Ngawang Sangdrol, ci-dessous, a été établi avant sa libération.
Ngawang Sangdrol est une jeune religieuse tibétaine, née en 1977 à Lhassa et nommée Rigchog de son nom laïc. Encore enfant, elle rejoint le couvent de Garu, à 5 kilomètres au nord de Lhassa. A dix ans, elle tient à participer à sa première manifestation pour la liberté du Tibet et passe 15 jours en détention.

- Ngawang Sangdrol à l’âge de 10 ans (ici au centre)
Arrêtée en 1990, à l’âge de 13 ans, pour avoir participé à une nouvelle manifestation, et considérée comme trop jeune pour être jugée, elle passe néanmoins neuf mois en prison, où elle est l’objet de brutalités et de mauvais traitements. A sa sortie, on lui interdit de rejoindre son couvent, comme à tous les anciens prisonniers politiques.

- Ngawang Sangdrol à l’âge de 12 ans
Le 12 juin 1992, son père, Namgyal Tashi (photo ci-dessous) est arrêté pour avoir manifesté et il est condamné à huit ans de prison. Libéré en juin 1999, il est décédé le 20 septembre 2001 à son domicile après de nombreux séjours en prison. (voir article publié sur Tibet Info)

- Namgyal Tashi, le père de Ngawang Sangdrol
Trois de ses frères (Lhundup, Lodoe et Tsundu) sont également emprisonnés.
Sa mère (à droite sur la photo ci-dessous) décède à la suite de la descente de la police dans la maison familiale.

Le fils aîné de la famille avait été exécuté en 1976. Un autre de ses frères (ci-dessous) reçoit une peine d’un an de prison pour « activités politiques illégales ».

- Tenzin Sherab
Ce même mois de juin 1992, Ngawang Sangdrol (ici à l’âge de 17 ans, en compagnie de son neveu) est à nouveau arrêtée, alors qu’elle tente de manifester à Lhassa, en compagnie d’autres nonnes de Garu et de moines de Ganden. Elle est arrêtée et condamnée à trois ans de prison. Lors de sa détention, en compagnie de 13 autres religieuses, elle enregistre des chants et des poèmes sur un magnétophone introduit clandestinement (cassette diffusée par le C.S.P.T sous le titre « Chants d’espoir et de liberté des nonnes de Drapchi »).

- Ngawang Sangdrol (ici à l’âge de 17 ans, en compagnie de son neveu)
Ces chants sont poétiques, non-violents et dédiés à ceux et celles qui les soutiennent. Les 14 jeunes filles voient leurs peines doublées ou triplées. Ngawang Sangdrol écope, lors d’un procès secret, de six ans supplémentaires pour « diffusion de propagande contre-révolutionnaire ». En France, le C.S.P.T lance un premier appel des chanteurs en faveur des 14 religieuses.

- Ngawang Sangdrol, à Drapchi (Prison N°1 de Lhassa) en 1996
En octobre 1996, le C.S.P.T, avec le Tibet Information Network de Londres, est la première organisation occidentale à être informée que la peine d’emprisonnement de la jeune femme est désormais portée à 18 ans pour insubordination. Refusant d’obtempèrer lors d’une visite d’officiels chinois, elle crie « Vive le Tibet libre ! » ...S’en suivent alors tortures, privations et mise en cellule d’isolement.
Dès lors, les actions de sensibilisation se multiplient : articles de presse, émissions de radio et de télévision, lettres au gouvernement français, ainsi qu’aux députés et sénateurs (qui poseront à leur tour près de 50 questions au gouvernement), édition d’une carte postale à 8 000 exemplaires adressée à Jacques Chirac, appel du monde de la musique en faveur de cette chanteuse si particulière...une chanson d’Yves Duteil (La Tibétaine) lui est dédiée.
Devant cette mobilisation, la situation de Ngawang Sangdrol est évoquée une première fois par l’Ambassadeur de France en Chine, lors d’une visite au Tibet, puis au plus haut niveau lors du voyage de M. Chirac à Pékin, en avril 1996.
Véritable Jeanne d’Arc des temps modernes, Ngawang Sangdrol demeure cependant incarcérée à la prison de Drapchi, à Lhassa, la Capitale du Tibet occupé. Comme ses 13 soeurs chanteuses de la liberté, comme les quelques 1 200 prisonniers de conscience tibétains répertoriés, comme les 6 millions de Tibétains, Ngawang Sangdrol résiste à une occupation brutale et barbare, dont l’objectif final est l’éradication d’un peuple et d’une culture ancestrale, pour qui la non-violence est la seule véritable force.
Ngawang Sangdrol a été parrainée par la municipalité d’Homecourt.
Namgyal Tashi a été parrainé par l’association Peuples Solidaires de La Frette.
Livre : « La prisonnière de Lhassa » de Philippe Broussard et Danielle Laeng. Editions Stock
Sous la signature de Philippe Broussard, grand reporter au « Monde » et de Danielle Laeng, représentante en Inde du Comité de Soutien au Peuple Tibétain et de Tibet Info, les éditions Stock publient un document unique sur la résistance tibétaine et les conditions de détention des prisonniers politiques à la prison de Drapchi.
Un film documentaire de Marie Louville "Prisonnière à Lhassa" explique en détail la vie et la libération de Ngawang Sangdrol.