Incroyable cérémonie que celle qui se déroule à l’aube du 29 novembre 1995, dans la pénombre du temple cathédrale de Lhassa. Surveillés par une rangée d’apparatchiks du Parti Communiste Chinois en costume cravate, un vieux moine mime un rituel inconnu ici qui consiste à tirer au sort une baguette d’ivoire dans une urne d’or, afin de « désigner » la réincarnation du Xème Panchen. Silencieux, les yeux clos, le visage défait, une dizaine de moines et lamas assistent, atterrés, à cette parodie. Luo Gan, membre du Conseil d’Etat chinois, proclame le résultat : Gyaltsen Norbu est, pour la première fois dans l’histoire du Tibet « nommé » Panchen Lama par le Parti Communiste.
Dans la guerre sans nom et sans visage qui l’oppose au Dalaï Lama, la Chine tente une nouvelle manoeuvre. Déjà, cet été, elle avait fait un prisonnier. Un enfant de six ans, Gendun Choekyi Nyima, reconnu Panchen Lama le 14 mai par le Dalaï Lama.