La politique actuelle de la Chine au Tibet

L’extermination planifiée d’une ancienne civilisation

vendredi 1er septembre 2000 par Webmestre

Au cours du Troisième Forum de Travail sur le Tibet qui s’est tenu à Pékin (du 20 au 23 juillet 1994) ont été prises des mesures visant à la destruction définitive et dans sa totalité de la civilisation qui, pendant des millénaires, a fleuri sur le Plateau tibétain. Un rapport sur ce Forum a été établi et publié par le Département de l’Information et des Relations Internationales de l’Administration centrale du Tibet à Dharamsala.

"L’aire culturelle" sur laquelle celle-ci s’étendait autrefois comprend des régions aussi lointaines que la Bouriatie, la Touva et la Kalmoukie en Russie, la Mongolie, le Ladakh, le Lahaul-Spiti, le Sikkim et l’Arunachal Pradesh en Inde, le Mustang, le Dolpo et le Solo Khumbu au Népal, le Royaume du Bhoutan et les régions occidentales de la Chine.
La politique qu’a formulée Pékin en cette année-là ­ et qu’il poursuit encore à ce jour au Tibet avec un zèle digne de la Révolution culturelle ­ signifie à terme l’anéantissement de ce qui formait un centre spirituel commun à la culture de ces pays. Appliquer la politique décidée lors de ce Troisième Forum de Travail, c’est, pour des millions de non-Tibétains, amputer leur culture traditionnelle d’une part d’elle-même et la vider de force de sa source d’inspiration. Dès lors, plus rien n’existe pour assurer la croissance et le développement de cette civilisation unique et hautement évoluée.

Perdre son âme et son esprit

Les décisions prises au cours de ce Troisième Forum résultent de deux constats fondamentaux auxquels Pékin est arrivé lorsqu’il a réalisé qu’il était en perte de vitesse dans deux domaines essentiels : l’idéologie et la propagande. Pour un Etat dont l’existence est censée reposer sur la supériorité de son idéologie et sur la capacité qu’a sa propagande de façonner à sa guise la pensée des masses, ce que cette situation laissait présager pour l’avenir était, au mieux, incertain et, au pire, représentait un danger.
Parvenu à la conclusion qu’il était en train de perdre la guerre idéologique, Pékin fut bien obligé d’admettre que, malgré le combat incessant qu’il avait mené contre le bouddhisme, les Tibétains restaient plus que jamais attachés à leurs croyances traditionnelles. La Chine avait certes réussi à asservir physiquement le pays, mais elle n’avait su ni gagner le cœur, ni s’attacher l’esprit de la population tibétaine et, encore moins ébranler sa fidélité.
L’idéologie communiste, même soutenue par la puissance militaire de la Chine, n’avait pas réussi à entamer ce qui constitue l’essence-même du bouddhisme. S’ajouta à cela le fait que les autorités communistes se trouvèrent complètement désemparées devant la politique de non-violence qui sous-tendait la Voie médiane [1] prônée par Sa Sainteté le Dalaï Lama pour résoudre la question du futur statut du Tibet.
Pour un régime fondé sur l’affirmation énoncée par Mao que "le pouvoir politique est au bout du fusil", cette philosophie-là, à première vue insensée, selon laquelle "la victoire s’obtient en gagnant les cœurs et les esprits à l’aide des idées plutôt qu’en faisant usage d’armes meurtrières", fit l’effet d’un coup de tonnerre dans un ciel serein. Devant la nouvelle politique de Sa Sainteté le Dalaï Lama, Pékin, stupéfait, eut une réaction réflexe qui explique, pour une grande part, l’intransigeance de sa nouvelle ligne politique.
Pékin estima que la raison pour laquelle il était en train de perdre la guerre de la propagande, était que, pour une raison ou pour une autre, les médias internationaux et la culture populaire qui en découlait traitaient ­ au moins à ce moment-là ­ la question du Tibet et le bouddhisme tibétain comme s’il se fut agi pour eux de défendre de gentils pandas. Malgré sa puissance financière, il fut extrêmement difficile pour la Chine de détruire l’image que l’on se faisait du Tibet et de faire entendre sa voix sur la question du Tibet face au jugement des médias internationaux.
En réponse à ces faiblesses, le Troisième Forum concentra ses efforts sur deux points. L’un consistait à donner la priorité au développement économique du Tibet dans l’espoir que les populations tibétaines cesseraient de manifester sur la voie publique. Il s’agissait, autrement dit, d’acheter les Tibétains en leur promettant de futures richesses s’ils se conformaient à la ligne du Parti. L’autre tendait à amener la jeunesse tibétaine et les générations à venir à partager le point de vue chinois.
Depuis, Pékin a abandonné l’idée de s’intéresser à la génération présente considérée aujourd’hui comme une cause perdue d’avance. En revanche, les Chinois pensent qu’en ce qui concerne les générations à venir, ce serait mettre en danger leur souveraineté au Tibet que de les abandonner à la "clique du Dalaï".
La fuite dramatique du Tibet, en janvier 2000, du Karmapa à l’âge de 15 ans a été, pour les autorités de Pékin, le signe que la loyauté des Tibétains à l’égard de la Chine s’effritait. L’évasion du Karmapa, qu’avait précédée celle de l’abbé du monastère de Kumbum, Agya Rinpoché, créa, pour la Chine, un immense embarras. En effet, tant qu’elle retenait ces deux grands lamas au Tibet, la légitimité de son pouvoir en était, d’une certaine façon, confortée.
C’est la raison pour laquelle aujourd’hui Pékin applique avec encore plus de rigueur les directives de 1993 qui prévoient le rappel au Tibet des jeunes Tibétains partis en Inde, à Dharamsala, pour y poursuivre leurs études, dans les écoles ou dans les monastères. C’est aussi la raison avancée par Pékin pour justifier la fermeture au Tibet des écoles privées tenues par des Tibétains.
Pour ces raisons, le Tibet connaît aujourd’hui les affres d’une seconde Révolution culturelle. Par ailleurs, les autorités chinoises intensifient la stratégie qu’elles ont mise en place afin, à long terme, d’exterminer l’identité culturelle et ethnique spécifique du Tibet. Pour atteindre cet objectif final, les autorités mènent une quadruple stratégie : intensifier la répression, tout en utilisant leur énorme machine de propagande pour montrer le Tibet sous de plaisantes couleurs ; accélérer le développement économique afin de décourager tout nationalisme chez les Tibétains et, dans le même temps, installer encore plus de colons chinois sur le Plateau tibétain afin, à la fois, de modifier la composition démographique du Tibet et d’apaiser les troubles sociaux suscités en Chine par la recrudescence du chômage.
L’organisation du Troisième Forum de Travail sur le Tibet est le fait des plus hautes instances chinoises et c’est Jiang Zemin qui en a assuré la présidence. Les dirigeants en respectent pieusement le contenu car, pour eux, il s’agit là de "la plus importante stratégie politique élaborée en vue de rénover le Tibet" et ils ont salué les directives qui y ont été prises comme constituant, pour le Parti, un nouveau manifeste sur le travail à mener sur le Plateau.
La conséquence directe du Troisième Forum de Travail fut le renversement de la politique plus libérale mise en œuvre par les Premier et Second Forums de Travail tenus en 1980 et 1984, en vue de favoriser le "développement" du Tibet. Les deux premiers Forums de Travail avaient été réunis à l’initiative du défunt Secrétaire général du Parti communiste chinois, Hu Yaobang. On attribue à ce dirigeant libéral, et quelque peu non conformiste, d’avoir échafaudé une série de mesures destinées à améliorer les conditions sociales, économiques et politiques du Tibet. Cette courte période de libéralisation avait modifié de façon marquante les conditions de vie de la majorité des Tibétains et contribué à instaurer un climat intellectuel et social plus détendu.
Le Troisième Forum de Travail a renversé cette politique et a rétabli des mesures particulièrement sévères qui sont celles sous lesquelles le Tibet se trouve encore aujourd’hui. Pour les Tibétains du Tibet, la politique de répression qui sévit actuellement est perçue comme une seconde Révolution culturelle.
La question qui se pose est : pourquoi la Chine a-t-elle choisi de revenir sur la politique plus libérale qui avait été la sienne précédemment en adoptant ce manifeste de travail qui vise à la destruction systématique de la culture spécifique du Tibet ?
La réponse se trouve dans les événements intérieurs et internationaux qui ont forcé la Chine à formuler une série de stratégies politiques extrêmes que le Troisième Forum de Travail pour le Tibet a concrétisée. La Chine, face au monde auquel elle s’est vue confrontée à la fin des années ’80 et au début des années ’90, a pris peur.
Depuis 1987, le Tibet avait été secoué par une succession de manifestations de protestation réclamant l’indépendance du Tibet. L’une des plus importantes fut celle du 5 mars 1989 à Lhassa qui conduisit les autorités à y instaurer la loi martiale. On considère aujourd’hui que ces manifestations sont à l’origine des soulèvements pro-démocratiques qui ont éclaté chez les étudiants chinois. Les autorités ont vu, dans les manifestations qui se succédaient Place Tienanmen, le signe, pour le Gouvernement central, qu’il ne maîtrisait plus les événements. Et c’est dans le but de reprendre le contrôle de la situation que les autorités en vinrent, le 4 juin 1989, à massacrer des centaines, voire des milliers, d’étudiants. Ces manifestations anti-gouvernementales étaient la froide répétition de celles qui s’étaient déroulées le 4 mai 1919 à Pékin et qui avaient été autrefois le signal du réveil politique et culturel de tout l’Empire du Milieu.
Les craintes qu’avait Pékin de perdre le contrôle de la situation furent avivées par les événements qui, à l’extérieur, virent l’ébranlement du monde communiste. Le mouvement Solidarité (Solidarnosc) en Pologne, la chute du mur de Berlin et l’implosion de l’Union Soviétique alimentèrent les inquiétudes de Pékin quant à la capacité pour le Parti communiste chinois de conserver le pouvoir.
Les craintes des officiels chinois se trouvèrent renforcées par le rapide changement d’attitude exprimé par une large masse de la population chinoise qui se détournait du communisme pour revenir à ses croyances traditionnelles : confucianisme, bouddhisme, islam, christianisme et cultes populaires autochtones. Le communisme avait perdu tout crédit aux yeux des citoyens ordinaires et cela, plus que tout autre chose, constituait, pour les dirigeants chinois, un véritable cauchemar.
Les masses étaient en train de désavouer ce qui avait servi aux dirigeants chinois à ancrer leur position à la tête du pays. Pour une dictature bâtie sur le principe du parti unique, cela indiquait, au plan de l’histoire, un premier pas sur la route glissante qui mène à la dissolution et à la révocation du pouvoir.
Pour toutes ces raisons, les dirigeants chinois revinrent alors à la position qui avait été la leur précédemment et selon laquelle les croyances traditionnelles étaient à leurs yeux leur véritable ennemi. Dans le conflit de rivalité engagé avec le bouddhisme, le confucianisme, l’islam, le christianisme et tous les autres "-ismes", le communisme était en train de perdre la partie, incapable qu’il était de conserver la fidélité et l’allégeance des masses. Les dirigeants relancèrent les anciens aphorismes que la Chine, durant la Révolution culturelle, avait présentés autrefois au peuple tibétain pour justifier sa politique de destruction du bouddhisme tibétain. Des Tibétains perplexes s’entendirent dire que, de même qu’il ne peut y avoir deux soleils dans le ciel, bouddhisme et socialisme ne sauraient exister ensemble au Tibet. Le bouddhisme, inévitablement, devait céder la place au socialisme. Et, encore aujourd’hui, il est incontestable que la religion est supplantée par le pouvoir d’Etat chinois.
Telles étaient les craintes des responsables chinois lorsqu’ils se réunirent à Pékin en 1994 pour édicter, en des termes-chocs, leurs nouvelles directives sur le Tibet. Pour les dirigeants chinois, le Tibet est une question sensible car ils sont convaincus que les forces qui leur sont hostiles en Occident se servent de la cause du Tibet pour "occidentaliser" la Chine et pour parvenir à son démantèlement territorial. La troisième génération de dirigeants chinois en est venue à la conclusion que, de la stabilité au Tibet, dépend de façon vitale la stabilité de la Chine tout entière.
Auparavant, par rapport aux intérêts vitaux de l’empire de la Chine communiste, le Tibet ne représentait qu’une question périphérique. Maintenant, après le Troisième Forum de Travail, les autorités déclarèrent : "Il nous faut comprendre clairement que le travail à faire au Tibet doit avoir pour objectif, non pas seulement la sauvegarde de la stabilité et du développement de cette région qui est la nôtre, non pas les seuls intérêts de notre peuple, mais aussi la défense de la stabilité et du développement de la nation tout entière". [2]
Au Tibet, la Chine a dû affronter des problèmes spécifiques qui tiennent à la force inhérente au bouddhisme tibétain et à la profonde dévotion de la population envers Sa Sainteté le Dalaï Lama. Le renouveau religieux soudain et sans faille qui a fait suite à la brève période de libéralisation qu’avait connue le Tibet, a confirmé les pires craintes des autorités dirigeantes qui constatèrent que, dans la population, des décennies de lutte concertée menée contre la culture et la religion tibétaines n’avaient pas éteint sa flamme, ni ébranlé les croyances de son peuple dans ses valeurs traditionnelles. Considéré jusqu’alors comme un fait simplement gênant, les autorités chinoises voyaient maintenant, dans le bouddhisme tibétain, une menace imminente et très réelle pour la stabilité de la souveraineté chinoise au Tibet. Dans le même temps, l’attitude des dirigeants chinois à l’égard de Sa Sainteté le Dalaï Lama se modifia. Les dirigeants chinois actuels, après l’avoir considéré comme un allié peu sûr dans le processus de paix au Tibet, virent en lui un "ennemi" avéré. Un conclave fut réuni au plus haut niveau le 10 mars 1993 à Pékin qui conclut ses travaux en déclarant : "Bien que les factions qui composent la Clique du Dalaï Lama soient diverses, elles sont ’une’ quant à leur nature et à leur position politique. Leurs différences tiennent à la diversité de leurs points de vue idéologiques et dans la façon qu’elles ont de les exprimer. Nous devons donc adopter des stratégies différentes fondées sur leurs différences et agir différemment avec chacune d’elles pour les diviser et les anéantir." [3]
Dans les déclarations faites à maintes reprises par de hautes instances officielles, la lutte menée contre le "séparatisme", terme officiel pour parler de l’indépendance tibétaine, est décrite comme une "lutte à mort". En 1994, lors de la réunion annuelle du Comité du Parti communiste de la R.A.T. (Région Autonome du Tibet), qui devait faire connaître à ses membres les consignes relatives à la politique édictée par le Troisième Forum de Travail sur le Tibet, Raidi, Secrétaire du Comité, déclara :
- "Jusqu’à maintenant, sa position (celle du Dalaï Lama) concernant l’indépendance du Tibet n’avait jamais varié mais, aujourd’hui, il nous faut constater qu’il utilise un double-langage. Pour ce qui regarde la lutte contre le séparatisme, le point essentiel, dans notre région, est de marquer notre opposition à la Clique du Dalaï Lama. Comme l’on dit : "Pour tuer un serpent, il faut d’abord lui couper la tête"." [4]
En bref, le Troisième Forum de Travail a décrété que Pékin était en mesure de résoudre la question du Tibet sans la participation du Dalaï Lama. Pékin a abandonné la politique libérale qui avait prévalu antérieurement et qui intégrait Sa Sainteté le Dalaï Lama dans tout ce qui concernait le futur statut du Tibet. Il a clairement déclaré que c’était à cause de Sa Sainteté le Dalaï Lama que la Chine connaissait un "problème tibétain".
Le Troisième Forum de Travail a abandonné également la politique qui consistait à accorder des concessions au Tibet en vertu des "caractéristiques spéciales" du Plateau tibétain. Cette politique avait été la pierre angulaire des directives prises lors des Premier et Second Forums de Travail.
Pour mettre en œuvre au Tibet sa nouvelle politique jusqu’au-boutiste, Pékin, en 1992, nomma Chen Kuiyan aux fonctions de Secrétaire du Parti communiste pour la R.A.T.. La désignation de Chen Kuiyan est significative car il était connu pour être un administrateur dur et impitoyable. Il avait été auparavant Premier secrétaire du Parti communiste chinois en Mongolie intérieure et il avait à son crédit d’y avoir si bien réprimé les révoltes que les rebelles l’avaient surnommé "le boucher". Chen Kuiyan avait été spécialement recommandé à ce poste par Hu Jintao, l’actuel vice-Président de la République Populaire de Chine, lequel était alors Premier secrétaire du Parti communiste chinois au Tibet.

S’attaquer au nationalisme tibétain

La ligne politique tracée lors du Troisième Forum de Travail comportait quatre éléments-clés :

  1. intensifier la répression chinoise au Tibet ;
  2. augmenter l’effort de la propagande extérieure ;
  3. accélérer le développement économique au Tibet et, en corollaire,
  4. encourager l’installation de plus de colons et d’hommes d’affaires chinois sur "le toit du monde" en faisant valoir le boom économique.

En bref, Pékin avait décidé de s’attaquer de front au nationalisme tibétain et des observations sont en cours à l’heure actuelle pour mesurer l’impact des mesures prises par rapport à l’autorité de la Chine au Tibet et également par rapport à la population.
Pékin reste convaincu que ces points-clés de sa politique actuelle assureront la stabilité de l’autorité de la Chine au Tibet et régleront une fois pour toutes le problème irritant de l’image négative que donne la Chine sur la façon dont Pékin a géré jusqu’ici le Tibet.
L’actuelle politique de répression vise principalement le bouddhisme tibétain. Les dirigeants chinois sont de plus en plus inquiets de devoir constater que, durant la période de libéralisation, les monastères et les temples ont proliféré à travers le Tibet ; pour eux, ce sont les bastions du nationalisme tibétain. Les autorités ont mis en place des "Comités démocratiques de gestion" chargés du contrôle des monastères et des couvents et ont créé des "Equipes d’inspection du travail" avec mission de superviser "l’éducation" des moines et des nonnes.
L’idée maîtresse qui sous-tend la mise en place de cette politique est de briser les liens de fidélité qui demeurent entre le clergé tibétain au Tibet et Sa Sainteté le Dalaï Lama en Inde. Des campagnes, comme celles qu’on appelle "Frappez fort" et "Rééducation patriotique" et qui furent déclenchées en 1996 afin d’empêcher la montée tant redoutée du bouddhisme tibétain, ont eu pour effet de détourner la confiance que le peuple tibétain avait mise dans le parti communiste et qu’il la reporte sur la personne de Sa Sainteté le Dalaï Lama.
Un trait caractéristique de la campagne "Frappez fort" est l’interprétation différente qu’on en donne en Chine et au Tibet. En Chine, la campagne "Frappez fort" avait pour finalité de mettre un terme à la corruption. Dans sa version tibétaine, elle doit servir d’outil politique pour éliminer ceux que les autorités chinoises appellent les "séparatistes". Au Tibet, les autorités, plutôt que de lutter contre la corruption, restent aveugles devant ce mal social, espérant qu’il aura pour effet de détruire la moralité traditionnelle des Tibétains et que cela sapera le bouddhisme tibétain.
En fait, lors d’une réunion secrète qui s’est tenue en décembre 1999 à Chengdu, la capitale de la province du Sichuan, Chen Kuiyuan, le pur et dur Secrétaire du Parti de la R.A.T., a recommandé au Gouvernement central chinois de faire tous les efforts possibles afin d’éradiquer le bouddhisme tibétain et la culture tibétaine de la surface de la terre, de telle sorte qu’aucune trace n’en demeure dans la mémoire des futures générations de Tibétains ­ si ce n’est comme pièces de musée.
Chen Kuiyuan a déclaré que l’instabilité avait pour cause principale l’existence à Dharamsala du Dalaï Lama et de son gouvernement en exil et qu’il fallait, par conséquent, "les éradiquer". Une recommandation prévoit que le Tibet, le peuple tibétain ainsi que le bouddhisme tibétain ­ en d’autres termes ce que recouvre le nom même de Tibet ­ soient détruits et que la Région Autonome du Tibet fusionne avec des provinces telles que le Sichuan. [5]
La Chine, du temps où elle était occupée à écraser sous sa botte les Tibétains de l’intérieur, s’est livrée, sur le plan international, à un déchaînement de propagande. Lors du conclave préparatoire qui s’est tenu le 10 mars 1993, le vice-ministre de la Propagande, Zeng Jian-Hui, a déclaré aux participants :
- "Le travail de propagande concernant la question du Tibet est l’un des points-clés de l’ensemble du travail à faire dans le domaine de la propagande extérieure... En ce qui concerne les attaques de l’Occident et de la Clique du Dalaï Lama, il faudrait, compte tenu de leur fréquence, que la propagande extérieure se lance dans une offensive. Nous devrions étendre nos sphères d’influence ; en particulier, il faudrait qu’en Occident notre propagande infiltre les grands courants de la vie.
Premièrement, il faut que nous continuions à envoyer à l’étranger des universitaires, des compagnies de danseurs et des troupes de chanteurs tibétains avec mission d’y donner des conférences et des spectacles.
Deuxièmement, les ambassades et les consulats concernés devraient viser l’opinion publique et les activités de la clique du Dalaï Lama en réalisant dans les pays où ils sont en poste un travail de propagande par le biais de discours, d’expositions d’art, d’articles spécialisés et toute autre forme de manifestations, afin d’amener à nos vues les personnalités officielles et les populations de ces pays... Nous devrions développer notre capacité à nous servir du pouvoir de la propagande extérieure. Il y a quelques années, à la lumière de la situation qui prévalait à l’époque, nous avons fait en sorte que des journalistes étrangers se rendent au Tibet
". [6]
Le 3 septembre 2000, Le quotidien du peuple a titré : "Le Tibet accueille des observateurs étrangers objectifs". Il y était écrit : "Un haut fonctionnaire tibétain a déclaré dimanche que le Tibet avait accueilli des journalistes étrangers venus dans le simple but d’y réaliser des reportages objectifs, mais non pas de ces journalistes qui regardent tout d’un œil tendancieux. Raidi, député et secrétaire du Comité pour la Région Autonome du Tibet du Parti communiste chinois et président du Comité permanent du Congrès populaire de la R.A.T., a fait ces remarques lors d’une réunion tenue ici en présence d’une délégation de la presse de Thaïlande".
Dans ce contexte, il est intéressant de noter que N. Ram, rédacteur en chef du magazine indien Frontline, dans un article de 36 pages publié le 15 septembre 2000, a pris la défense de la ligne politique chinoise et a demandé au Gouvernement indien d’expulser du sol indien l’Administration centrale tibétaine, faisant de cette demande la pierre d’achoppement à l’instauration de relations normales entre l’Inde et la Chine. Il est difficile de savoir dans quelle mesure les vues contenues dans ce reportage fleuve extraordinaire sont les siennes propres. Cette explosion éditoriale est en phase avec les décisions politiques définies au début des années ’90. Au cours d’un conclave secret de deux jours qui s’est tenu en mars 1993 à Chengdu, le Vice-ministre Zeng Jian-Hui a dit aux participants :
- "Les étrangers que nous invitons officiellement à visiter le Tibet doivent tous en avoir une opinion relativement objective. Les personnes venues de l’étranger doivent, sur la question du Tibet, devenir des agents de propagande extérieure : le travail qu’elles font est plus efficace que le nôtre". [7]
Pour accompagner sa stratégie concernant ses relations publiques extérieures, la Chine, à l’heure actuelle, met en place une politique potentiellement beaucoup plus dangereuse qui consiste à accélérer le rythme du développement économique du Tibet avec, en corollaire, l’augmentation du nombre de colons chinois implantés sur le Plateau tibétain. Le programme de Pékin relatif au développement de la Chine occidentale,­ laquelle englobe le Tibet,­ est conçu pour que le point central des activités économiques de la Chine se déplace de la Chine côtière vers la Chine intérieure, ceci dans le but à la fois de réduire le déséquilibre existant entre les deux régions sur le plan du développement économique et de soulager la pression démographique sur les régions côtières qui attirent des millions de travailleurs migrants.
Le Programme pour le Développement économique de la Chine occidentale décidé par Pékin a pour objectif principal l’exploitation au Tibet des ressources minières locales ainsi que celle des autres ressources naturelles non encore mises en valeur et l’amélioration de l’infrastructure du Tibet - les routes et les télécommunications notamment - afin d’en faciliter le transport vers la Chine. L’autre but attendu de l’élévation du niveau de l’activité économique est de faire que les Tibétains relâchent l’attention qu’ils portent à leur avenir politique et focalisent leur intérêt sur leur niveau de vie, ceci en vue de saper le nationalisme tibétain.
Les autorités chinoises visent à influer plus encore sur la situation au Tibet en y implantant davantage de colons chinois, ce qui devrait alors, par le jeu de la démographie, cimenter la souveraineté chinoise une fois pour toutes. Ces politiques extrêmes actuellement à l’œuvre au Tibet sont cause de la crispation du dialogue sino-tibétain. Elles affecteront de façon décisive la capacité des Tibétains à survivre en tant que peuple et que culture distincts.

Les erreurs de perception commises par Pékin

L’une des erreurs fondamentales que comporte la nouvelle politique de la Chine en vue de résoudre le problème tibétain est de penser qu’une solution puisse être trouvée en excluant la participation de Sa Sainteté le Dalaï Lama. Une autre erreur est de compter pouvoir le résoudre en passant par dessus la tête du peuple tibétain.
Ces deux erreurs fondamentales exacerberont, sans le résoudre, le problème que pose la question du Tibet à la Chine. La raison est à trouver dans l’histoire du Tibet et dans les sentiments qu’éprouve son peuple. L’institution des Dalaï Lamas existe au Tibet depuis plus de 600 ans, en calculant à partir de 1391, date de la naissance du premier Dalaï Lama. L’institution en elle-même est devenue, au cours de son développement et de son évolution, le symbole des croyances fondamentales de la nation et de son destin politique.
Le lien entre les Dalaï Lamas et le peuple tibétain est fondamental et infrangible ; aucune tentative, quel que soit le soutien qu’elle reçoive, ne parviendra jamais à creuser une brèche entre eux.
En conséquence, la politique que la Chine conduit actuellement et qui vise à forcer les Tibétains ­ particulièrement les moines et les nonnes ­ à dénoncer la personne de Sa Sainteté le Dalaï Lama et à s’engager en faveur du Parti communisme produira un effet contraire. A cet égard, l’hypothèse qui a servi de base au Troisième Forum de Travail et qui repose sur la notion qu’au Tibet, le temps travaille pour la Chine et qu’il est possible pour Pékin de repousser l’idée de résoudre le problème du Tibet jusqu’à la disparition de l’actuel Dalaï Lama, après quoi la question du Tibet se résoudra d’elle-même, est une hypothèse inévitablement mauvaise, parce que fondée sur la perception erronée du rôle qu’a joué l’institution du Dalaï Lama dans le développement historique du Tibet.
Cette hypothèse, si elle n’est pas revue, révisée et abandonnée, se révélera catastrophique pour les dirigeants chinois et pour ceux qui ont choisi de transformer en politique d’Etat l’analyse fantaisiste qu’ils se font de la situation.
La raison en est simple. Le Parti communiste chinois a été fondé dans les années ’20 et il est arrivé au pouvoir en 1949. A l’intérieur de cette courte période de temps, les masses (chinoises) ont perdu foi dans l’idéologie communiste tandis que les membres du Parti de l’époque, n’acquiesçaient que du bout des lèvres aux justifications idéologiques du Parti. En revanche, l’institution des Dalaï Lamas en tant que force politique est vieille de plus de 300 ans. De nos jours, le Dalaï Lama est reconnu par tous les Tibétains du monde comme l’essence-même de la nation tibétaine. Comment un parti qui a perdu son âme peut-il survivre à une institution qui est le symbole même de l’âme d’un peuple ?
Pour ces raisons, il est impératif pour la Chine de revoir et de reconsidérer la position extrême qui est la sienne actuellement au Tibet. La Chine doit remettre en marche son processus de paix envers le Tibet actuellement en perte de vitesse et considérer Sa Sainteté le Dalaï Lama comme un partenaire essentiel et actif dans les procédures à mettre en place. Si la Chine fait cela, elle se sera fait un allié et un compagnon puissant sur la route qui conduit à la paix, à la stabilité et à une prospérité durable.
Depuis que la Chine occupe le Tibet, le souci principal du gouvernement chinois a toujours été de s’assurer de la loyauté des Tibétains envers la direction du Parti communiste. C’est ce qui a empêché les autorités de prendre en compte un certain nombre de questions essentielles liées au développement des ressources humaines sur le Plateau.

Orientations politiques en matière d’éducation

Bien que les autorités revendiquent le fait "d’avoir pris à leur charge, au cours de ces quelques décennies passées, la tâche importante de veiller au développement de l’éducation populaire au Tibet", l’éducation ­ qui constitue la base sur laquelle se fonde le développement des ressources humaines ­ est devenue la lanterne rouge des programmes prioritaires.
Ce n’est qu’au début des années ’80 que les autorités ont décidé de regarder d’un œil favorable l’idée de promouvoir un système éducatif populaire pan-tibétain. Jusque là, les "réformes démocratiques" ­ et en particulier le chaos et le climat de folie qui avaient régné durant la Révolution culturelle ­ avaient plongé l’éducation des masses dans une grande confusion

Politique correcte, mais pas de moyens

En 1980 donc, la Chine adopta pour le Tibet une politique sociale et économique qui tenait compte de sa sensibilité ethnique, politique qui faisait partie d’une stratégie intérieure tendant à encourager le "retour du Dalaï Lama en Chine". Le gouvernement chinois désirait alors sincèrement développer les équipements scolaires.
Malheureusement, les fonds nécessaires à la mise en œuvre de cette réforme firent défaut. Tous les moyens financiers disponibles à cette époque étaient largement investis dans le développement de l’économie de marché - projet qui avait la préférence du chef suprême de la Chine, Deng Xiaoping. En conséquence, entre 1980 et 1989, plus de 62 pour cent des écoles primaires existant dans la R.A.T. furent fermées et le nombre des étudiants chuta de 43 pour cent. [8]
A nouveau, en 1994, Pékin adopta une politique d’éducation obligatoire pour l’avant-poste colonial que constitue le Tibet pour la Chine. Mais les Tibétains n’en retirèrent aucun avantage. En effet, le gouvernement chinois ne réussit pas à modifier la politique économique instaurée après 1984 et qui stipulait que, dans les classes primaires, les habitants des zones rurales devaient payer eux-mêmes la scolarité des enfants ; il se contenta d’allouer, pour le bâtiment principal et les salaires des enseignants, une assistance minimale à la charge des administrations responsables de la commune. Comme la majorité des Tibétains vit dans des zones rurales, cette politique économique désavantageait les Tibétains qui, de ce fait, ne récoltèrent aucun des bénéfices attendus de la politique d’instruction obligatoire. Le résultat fut que s’installa, entre la campagne et la ville, une extrême disparité en matière d’éducation ; la plupart des écoles d’Etat - qui reçoivent du gouvernement des moyens considérablement plus grands - sont en effet situées dans les zones urbaines où la population chinoise prédomine.
Dans les zones rurales, les Tibétains, pour la plupart, ne pouvaient faire face aux frais nécessités par l’envoi de leurs enfants à l’école. Le 4 juin 1994, le Président du gouvernement de la R.A.T., Gyaltsen Norbu, reconnut que "...un tiers des enfants de la R.A.T. n’avait pas les moyens d’aller à l’école".
Telles sont les raisons qui font que de nombreux Tibétains se trouvent dans l’obligation, pendant toute la durée des études de leurs enfants, de les envoyer en Inde où ils sont pris en charge à l’intérieur des équipements scolaires financés par la communauté tibétaine en exil.
Selon un rapport établi par le Centre tibétain pour les droits de l’homme et la démocratie dont le siège est à Dharamsala, le nombre des enfants et des jeunes adultes tibétains qui ont fui le Tibet depuis 1984 pour tenter leurs chances sur le plan éducatif en Inde et au Népal s’établit entre 6 000 et 9 000.
Les autorités chinoises affirment que, de 1990 à 1995, le gouvernement de la République populaire a investi un total de 1,03 milliard de yuans pour développer l’éducation de masse au Tibet. Mais, en réalité, une grande partie de ce budget est allée pour l’éducation en Chine d’étudiants tibétains, ceci afin de former une nouvelle génération de cadres tibétains "au cerveau idéologiquement lavé".

Des statistiques douteuses

La situation de l’éducation de masse, telle qu’elle prévaut dans la préfecture de Chamdo, dans la région du Kham, l’une des régions les plus riches de la Région Autonome du Tibet, éclaire pleinement le statut du Tibet en matière d’éducation. Un article, dont les auteurs sont Shang Xioling, reporter à Radio R.A.T. et Tan Ching, reporter spécialiste des questions d’éducation en R.A.T., donne un aperçu alarmant des conditions dans lesquelles se déroule l’éducation à Chamdo. Leur article, intitulé "Notes sur la triste histoire de l’éducation à Chamdo", a été publié le 15 juin 1993 dans l’édition en langue chinoise d’un journal de Chamdo.
Les auteurs révèlent que sur les 110 000 enfants de Chamdo en âge d’être scolarisés plus de 70 000 (63,64 pour cent) n’avaient aucune possibilité d’aller à l’école.
Le taux d’analphabétisme et de semi-analphabétisme dans la préfecture de Chamdo, ont-ils déclaré, était de 78,8 pour cent. Shang et Tang ont écrit que, même si le taux moyen annoncé des inscriptions scolaires dans la R.A.T. était de 60,4 pour cent, le taux d’inscription dans la préfecture de Chamdo n’était que de 34 pour cent. Ce résultat, que citent Shang et Tang, révèle le caractère suspect des statistiques en provenance du gouvernement chinois. Si, à Chamdo, qui est l’une des régions les plus développées de la R.A.T., le taux d’inscription n’est que de 34 pour cent, la moyenne pour la R.A.T. ne peut atteindre 60,4 pour cent. Par ailleurs, ce que les autorités refusent d’admettre, c’est que, sur l’indice de l’éducation en Chine, la R.A.T. et les autres régions tibétaines de Qinghai (Amdo) et de Sichuan (Kham) sont à un niveau encore plus bas ;­ plus bas même que Guizhou, dans la province la plus arriérée de la Chine. [9]
Bref, peu importe le nombre des institutions que le Gouvernement chinois a réellement développées à travers le Tibet depuis 1959, le but prépondérant visé par Pékin en matière d’éducation des Tibétains a toujours été de rendre les Tibétains dépendants de la Chine. On peut le voir clairement à la lecture du discours que fit Chen Kuiyan en 1994 lors de la Conférence sur l’Education de la R.A.T. :
- "Le succès de notre éducation ne réside pas dans le nombre de diplômes décernés aux élèves à leur sortie des universités, des collèges... et des écoles secondaires. En dernière analyse, il réside dans le fait de savoir si nos élèves diplômés s’opposent à la Clique du Dalaï Lama ou si, dans leur coeur, ils se tournent vers elle ; dans le fait de savoir s’ils sont loyaux à l’égard de notre grande Mère Patrie et envers la grande cause socialiste ou s’ils n’en ont cure".

La langue tibétaine réglementée

En 1987, le Congrès du Peuple de la R.A.T. a voté une loi qui réglementait l’usage du tibétain et qui en faisait la langue unique utilisée dans les écoles primaires et instituait l’apprentissage du chinois à partir de l’âge de neuf ans. La loi promettait de créer d’ici à 1993 des écoles secondaires du premier cycle où l’enseignement serait donné en tibétain et stipulait que, peu après l’an 2000, la plupart des cours donnés à l’université le serait en tibétain.
Un comité spécial, appelé le "Comité pour un guide de tibétain parlé et de tibétain écrit à l’usage de la R.A.T.", fut établi en 1993 pour mettre cette législation en application.
A la cérémonie inaugurale du "Comité du Guide pour la R.A.T.", Tenzin, député et secrétaire du Parti de la R.A.T., fit ce commentaire :
- "Il est évident que rien ne peut remplacer l’usage du tibétain pour améliorer la qualité de l’instruction et élever le niveau culturel des nationaux". [10]
Bien que cette législation ne satisfît personne, on la considéra pour le moins comme un pas fait dans la bonne direction. Malheureusement, aucune volonté politique n’était là pour appliquer cette législation.

L’inquiétude des intellectuels tibétains

Pour beaucoup d’intellectuels tibétains, le constat que l’usage de la langue tibétaine sur son sol d’origine allait régressant devint un sérieux motif d’inquiétude et certains d’entre eux protestèrent ouvertement.En 1992, le professeur Dungkar Lobsang Trinley, personnalité culturelle et intellectuelle importante du Tibet moderne et reconnu "trésor national" par les autorités chinoises, déclara :
- "Bien que le tibétain soit décrété première langue en usage dans tous les bureaux du gouvernement et les réunions publiques ainsi que pour la correspondance officielle, c’est le chinois qui sert partout de langue de travail".
Il ajouta que, du fait de cette situation, les Tibétains n’étaient plus maîtres de leur destin. Le professeur Dungkar alla jusqu’à dire :
- "De cela (l’usage du tibétain) dépendent tout notre espoir en l’avenir ainsi que dans toutes les autres formes de développement : identité culturelle et protection de notre héritage. Sans des gens instruits dans tous les domaines, et qui soient capables de s’exprimer dans leur propre langue, les Tibétains courent le danger d’être assimilés. Nous avons atteint ce point".
Dherong Tsering Thondup, après s’être livré à un tour d’horizon détaillé sur le statut de la langue tibétaine dans de nombreuses régions du Tibet oriental, actuellement intégrées à la province chinoise de Sichuan, s’est dit également préoccupé.
Dans le rapport qu’il a publié au début des années 1990, Dherong a écrit que sur les 6 044 Tibétains membres du Parti et personnalités officielles résidant dans les neuf districts de la "Préfecture Autonome Tibétaine du Kanze", 991 seulement savaient lire et écrire le tibétain.
Pareillement, sur les 25 étudiants tibétains formant une même classe à Dhartsedo (en chinois, Tachienlu, actuellement Kangding), la majorité ne parlaient pas du tout le tibétain.
A cela, Dherong cite trois raisons principales :
- la première, selon lui, est la politique chauvine conduite par le gouvernement chinois en vue d’accélérer le processus de sinisation ;
- la seconde est la notion selon laquelle le tibétain est une langue sans aucune valeur dans la société d’aujourd’hui ;
- et la troisième est le complexe d’infériorité dont souffrent les Tibétains et qui les empêche de prendre la défense de leur propre langue.
Détaillant plus avant la politique chauvine de la Chine, Dherong dit que l’ère socialiste appelle à des efforts conjoints en vue de promouvoir toutes les nationalités sans en négliger aucune en particulier. La constitution chinoise garantit à chaque nationalité la liberté de se prendre en charge pour ce qui relève de l’éducation, de la science, de la culture, de la santé et de l’hygiène, et garantit également à chacune des nationalités le droit de protéger l’héritage culturel qui est le sien.
Cependant, a-t-il constaté, en ce qui concerne les Tibétains, ces droits jalousement conservés n’ont jamais été pleinement appliqués.
"En effet, ne pas réussir à promouvoir la valeur et l’usage de la langue d’une nationalité représente un affront pour cette nationalité. Si le chinois est utilisé comme langue commune au détriment de la langue propre à la nationalité, si tout est sinisé par suite d’une politique chauvine de la part d’une nationalité, et si les nationalités sont poussées à... s’assimiler l’une l’autre dans le but d’éliminer les disparités économiques et culturelles, cela va totalement à l’encontre de ce qui était prévu dans la Constitution quant à la liberté d’usage et de promotion de leur propre langue".
En mai 1994, les membres du Comité Politique Consultatif de la R.A.T. se sont plaints de coupures draconiennes dans le budget de l’université tibétaine de Lhassa et du transfert massif vers d’autres départements des membres responsables des institutions éducatives. [11]
En 1996, le Khenpo Jigme Phuntsok a écrit :
- "En fait, la langue tibétaine ne sert à rien dans le Tibet d’aujourd’hui. Par exemple, à l’intérieur même du Tibet, une lettre dont l’adresse est rédigée en tibétain n’atteindra pas son destinataire et finira au rebut. En voyage, peu importe que quelqu’un sache lire et écrire le tibétain, ce n’est pas cela qui l’aidera à déchiffrer les horaires de bus ou à lire le numéro de son siège sur son ticket. Même pour trouver un hôpital, un magasin dans un chef-lieu de commune ou une ville, connaître le tibétain est inutile. Une personne qui ne sait que le tibétain se trouvera en difficulté pour acheter l’indispensable quotidien. Si notre langue est inutile dans notre propre pays, où aura-t-elle alors une quelconque utilité ? Si cette situation perdure longtemps, un jour, la langue tibétaine s’éteindra...". Rares sont, au Tibet, les écoles où l’on peut étudier la langue et la culture tibétaines.
Par ailleurs, les parents ont pris l’habitude de ne pas envoyer les enfants à l’école. Pour la raison qu’à l’école primaire, on enseigne le chinois plutôt que le tibétain. Les étudiants, même s’ils ont appris le chinois et ont fait leurs études au collège, ne trouveront pas de travail au Tibet. Ils finissent bergers et travailleurs agricoles. Bien entendu, une petite chance d’apprendre le tibétain existe. Mais les parents savent aussi que le tibétain ne sert à rien dans la vie de tous les jours. Ils n’ont donc aucune raison d’envoyer leurs enfants à l’école.
Dans les villes et les chefs lieu de commune, il n’est pas rare que des gens dont les deux parents sont tibétains soient incapables de parler tibétain. Parmi eux, beaucoup ont perdu leurs particularités spécifiques de Tibétains. De plus, les personnalités officielles tibétaines ne parlent pas un tibétain correct. Un ou deux sur cinq des mots qu’ils utilisent sont chinois. C’est pourquoi, lorsqu’ils font des discours, les Tibétains ordinaires ne peuvent pas les comprendre. » [12]
Comme il fallait s’y attendre, on ne prêta pas grande attention à ces critiques. En revanche, nombreux furent les pas en arrière faits à partir de 1996 pour se conformer aux recommandations du Troisième Forum.
Le budget accordé aux publications littéraires et universitaires tibétaines fut réduit de façon draconienne. Le Comité du Guide de la R.A.T. fut démantelé et ses ex-membres transférés au Bureau régional de Traduction. Des projets pilotes qui consistaient à étendre aux écoles secondaires l’étude du tibétain comme moyen d’instruction dans quatre classes expérimentales, connurent un destin semblable. Vers la même période, les cours de tibétain à l’université tibétaine de Lhassa furent interrompus et l’on ordonna au corps enseignant de réécrire les manuels afin d’en expurger le contenu religieux. La situation se détériora davantage encore en 1997 quand le député et secrétaire du Parti Tenzin décida que les écoliers tibétains devraient obligatoirement apprendre le chinois à partir de l’école primaire.
Dans son entretien avec James Sasser, ambassadeur des Etats-Unis en Chine, Tenzin dit que la politique de 1987 était "impraticable et non conforme à la réalité du Tibet" et que "la décision de faire que les garçons et les filles, durant leurs trois premières années d’école, ne soient instruits qu’en tibétain n’était pas bon pour la croissance de ces enfants". Raidi, député et secrétaire du Parti décida qu’une nationalité ethnique qui étudie et n’utilise que sa propre langue pour écrire et pour lire est une nationalité ethnique insulaire, sans avenir ni espoir. En une décennie, la législation de 1987 avait été abrogée.
La politique chinoise élaborée en vue de saper la culture et la langue tibétaines est appliquée dans toutes les régions du Tibet - et pas seulement dans la R.A.T.. Une déclaration récente de Zhou Yong-kang, le Secrétaire du Parti communiste pour la province du Sichuan (laquelle englobe de larges portions du Tibet oriental) le démontre clairement. A une réunion du Congrès national de Chine populaire en mars 2000, Zhou a annoncé que l’enseignement du tibétain dans les écoles représentait "une saignée pour les ressources du gouvernement".

Supprimer une culture "non correcte"

A la fin de 1996, un jeu ayant pour thème l’histoire et un guide touristique furent interdits au Tibet. Le jeu, Secrets du Palais du Potala, et sa version cinématographique mettaient en scène le Vème Dalaï Lama rencontrant l’empereur de Chine Shouzi sans faire le kow-tow. De même, un guide artistique sur les trésors de la peinture et de l’histoire du Palais du Potala, publié par un universitaire, Thubten Gyaltsen, fut interdit au motif qu’il contenait un portrait de Sangye Gyatso, grand stratège politique de l’époque et régent du Vème Dalaï Lama. Faisant allusion aux ouvrages interdits, Chen Kuyan a dit qu’il existait "un petit nombre d’ouvrages littéraires et artistiques qui, ayant tourné les choses sens dessus dessous, exaltent ce qui ne devrait pas être exalté et vont même jusqu’à chanter les louanges du chef séparatiste Di-ba Sang-jie Jia-cuo (Desi Sangye Gyatso en tibétain)".
En juillet 1997, Chen attaqua le Professeur Dungkar Lobsang Trinley en lui reprochant d’avoir demandé d’inclure le bouddhisme dans les études de tibétain. Dans une critique à peine voilée contre le Professeur Dungkar, Chen a déclaré :
- "Certains, se disant autorisés, ont fait des déclarations éhontées confondant vérité et mensonge". Ceci, a ajouté Chen, "est semblable aux tentatives des séparatistes d’utiliser la langue parlée et la culture pour fomenter disputes et antagonisme entre les nationalités". [13]

Conclusion

Cette étude sur la politique globale de la Chine au Tibet révèle le fossé qui se crée de plus en plus entre les campagnes subtiles, mais de plus en plus répressives, conduites au Tibet et les moyens de propagande massifs que la Chine débite pour maquiller sa répression. Plus la répression est grande, plus la propagande officielle se déchaîne. En fait, la propagande chinoise, y compris les divers Livres Blancs récemment publiés, ne vise qu’à faire diversion en distrayant l’attention des Chinois et de la communauté internationale du but final qu’elle s’est fixée qui est de détruire l’identité culturelle et ethnique spécifiques du Tibet. Par la façon dont elle poursuit cet objectif, on peut comparer la propagande politique de la Chine à une tentative désespérée et sans espoir d’énoncer des mensonges gros comme une montagne dans l’espoir que les gens y croient et les prennent pour des vérités grosses comme des yacks.
L’autre élément important de la politique mise en place au Tibet par la Chine et révélé par cette étude est le manque total d’intérêt que manifeste Pékin à négocier avec Dharamsala. Le geste de la Chine censé montrer sa bonne volonté à la réouverture de négociations avec Dharamsala est une tactique employée pour gagner du temps. On peut le voir clairement dans un document provenant de Chine et que cite l’un des journaux en tibétain publié en terre d’exil. Selon le document classé hautement secret, un haut dirigeant officiel chinois a dit :
- "Nous n’avons aucunement besoin de nous engager dans des dialogues avec le Dalaï Lama. Le retour du Dalaï Lama en Chine créerait un grand risque d’instabilité. Nous ne serions pas capable alors de contrôler le Tibet. Le Dalaï Lama est maintenant un homme assez âgé. Au mieux, dans dix ans, il sera mort. A sa mort, la question du Tibet sera résolue pour toujours. En conséquence, nous devons user de moyens habiles pour éviter son retour. » [14]
Une partie de la paranoïa officielle chinoise à propos de Sa Sainteté le Dalaï Lama est l’appel croissant que ses dirigeants lancent vers une portion toujours plus grande de la population chinoise. On peut clairement le constater à la façon dont les dirigeants chinois ont réagi devant le désir exprimé par Sa Sainteté le Dalaï Lama de se rendre en pèlerinage au mont Wutai, un lieu de pèlerinage bouddhiste important que l’on dit être la demeure de Manjushri, le Bouddha de la Sagesse. Sa Sainteté le Dalaï Lama a renouvelé son souhait lorsqu’il s’est rendu à Taïwan en 1997. Sur le plan intérieur, la direction chinoise a rejeté la requête en motivant son refus par le fait que la présence en Chine du dirigeant tibétain, ne serait-ce que pour une unique visite, mettrait les Tibétains et les Mongols dans un état de folie. Les activistes des droits de l’homme, les disciples d’autres religions et d’autres encore qui ne sont que mécontents pourraient faire de ce lieu un point de ralliement. Les autorités dirigeantes ont pensé qu’il deviendrait vite extrêmement difficile de faire face à l’excitation et au désordre causés par une telle visite et qui rendraient la situation incontrôlable, avec les conséquences politiques dévastatrices que cela comporterait. C’est l’une des raisons qui expliquent pourquoi les dirigeants chinois ont renoncé à traiter avec Sa Sainteté le Dalaï Lama. La décision qui consiste à faire lanterner Sa Sainteté le Dalaï Lama et à le laisser en dehors du champ des recherches d’une solution au problème que représente le Tibet pour la Chine est une erreur. Il est clair également que cette décision est fondée sur la peur et sur la paranoïa plutôt que sur un strict examen de l’intime réalité ou de la psychologie du peuple tibétain. Jusqu’à maintenant, Sa Sainteté le Dalaï Lama a exercé une influence modératrice sur les éléments les plus radicaux du mouvement pour le Tibet. En faisant fi de sa personne, les dirigeants chinois se mettent à long terme devant la nécessité d’avoir à faire face à une forme plus exacerbée du nationalisme tibétain. A ce propos, Melvyn C. Goldstein a écrit :
- "Le fond de l’affaire est qu’il est fort peu probable que les Tibétains restent plus longtemps dans l’attente, se contentant de regarder Pékin transformer impunément leur patrie. Un sentiment nationaliste, teinté de désespoir, font, avec la colère, un mélange puissant et, à l’intérieur comme à l’extérieur du Tibet, il y a des Tibétains qui sont favorables à une campagne de violence". [15]
"Une telle stratégie ne vise pas à chasser la Chine du Tibet mais plutôt à faire pression sur Pékin pour qu’il adopte une ligne plus conciliante. Si une stratégie de cette sorte réussissait, cela pourrait conduire à déstabiliser la Chine, mais même si elle n’aboutissait qu’à un succès partiel, cela pourrait limiter le tourisme, empêcher l’investissement international, constituer une menace pour la sécurité de tous les non-Tibétains et faire que la communauté internationale prenne conscience de la gravité du problème. Par essence, une teelle stratégie pourrait permettre de démontrer à la Chine l’inutilité de sa politique extrémiste en lui faisant voir que l’on ne peut pas ne pas tenir compte des sensibilités ethniques des Tibétains.". [16]
"En dehors du fait que l’on ne peut prévoir le cours que pourrait prendre le nationalisme tibétain sans l’influence modératrice de Sa Sainteté le Dalaï Lama, la politique de Pékin, tendant à faire apparaître le chef tibétain comme l’ennemi du peuple chinois dans le but de détourner du régime de Pékin la colère du nationalisme chinois renaissant, reviendrait à être coûteuse et contre-productive. Même si Pékin souhaite voir le peuple chinois se satisfaire d’un Etat fondé sur un parti unique, l’arrivée du cyberspace permet aux gens de jouir d’une certaine démocratie, d’avoir accès à la pluralité des idées et d’étendre leurs sources d’inspiration. En dépit des efforts de Pékin pour peindre le chef tibétain sous d’affreuses couleurs ou pour limiter l’accès du peuple chinois à la technologie de l’information, Internet va de plus en plus ébranler l’influence de Pékin sur ce que pense le peuple et sur sa façon de penser.
En faisant de lui un ennemi, Pékin se dénie toute bonne volonté au plan intérieur comme au plan international, attitude vitale pour que perdurent la stabilité et la prospérité de la Chine.
En dernier lieu, supposer que la mort du chef tibétain mettra le temps du côté de Pékin et que cela l’autorise à faire obstruction à des négociations sur le Tibet est une énorme erreur. En admettant qu’il en soit ainsi et en réduisant la cause du Tibet à la seule personne du Dalaï Lama, Pékin commet l’erreur, qui risque de lui coûter cher, d’ignorer, ou de choisir d’ignorer, les aspirations communes à tout un peuple et la force de ses convictions, lesquelles, sans la présence du Dalaï Lama, éclateront avec de dangereuses conséquences pour la Chine et pour le Tibet.
Pour ces raisons, et de quelque façon que Pékin voie les choses, « le Dalaï Lama sera au centre de tout compromis
" [17].
Pour qu’il en soit ainsi, Jiang Zemin et ses collègues auraient besoin de se montrer hommes d’Etat plutôt que de se conduire en politiciens, lesquels, réunis, forment une coalition amorphe et sans espoir. En reprenant avec sérieux des négociations avec Sa Sainteté le Dalaï Lama en vue d’une solution mutuellement acceptable à la question du Tibet, Jiang Zemin et ses collègues aideraient à ce que soit préservée, dans une Chine confiante, stable et prospère, la véritable personnalité du Tibet. Cette manifestation de bonne volonté aurait, au plan international, des retombées immenses et aurait pour effet que, de Taïwan au Xinjiang, les populations porteraient sur Pékin un nouveau regard.

Publié dans Actualités Tibétaines
Le 29 septembre 2000

[1] La Voie Médiane fut la base de réflexion annoncée par le Dalaï Lama en 1974 pour trouver une solution à la question tibétaine, en prônant une recherche de compromis avec le gouvernement chinois. Lorsque des contacts directs avec le gouvernement de Pékin furent établis en 1979, Deng Xiaoping déclara "qu’à l’exception de l’indépendance, tous les problèmes pourraient trouver une solution par la négociation". Cette Voie Médiane est rappelée par le Dalaï Lama dans ses discours prononcés le 10 mars de chaque année

[2] Commentaires approfondis de Raidi à la Sixième session pléniaire du Comité permanent auprès du Quatrième Congrès de la branche "R.A.T." du Parti communiste chinois, publié par le Tibet Information Network dans son article Cutting off the serpent’s head - Tightening control in Tibet, 1994-1995, et par la section Asie de Human Rights Watch en 1996.

[3] Commentaires de Zeng Jian-hui, Vice-ministre de la Propagande au Ministère du Comité central de la Chine populaire cité dans China’s Public relations trategy on Tibet - Classified documents from the Beijing propaganda conference, rapport de 1993 d’International Campaign for Tibet.

[4] Cutting off the serpent’s head

[5] Commentaires de Chen Kuiyuan, secrétaire du Parti pour la R.A.T. au conclave secret de Chengdu fin 1999. Cité dans la déclaration de Kalon Sonam Topgyal, président du Kashag, au 40ème anniversaire de la Journée de la Démocratie tibétaine le 2 septembre 2000 à Dharamsala.

[6] Stratégie de la Chine concernant le Tibet dans le domaine des relations publiques.

[7] Ibid

[8] Annuaire statistique de la R.A.T. pour 1995, République populaire de Chine

[9] Rapport sur le développement des ressources humaines en Chine par l’UNDP, 1997

[10] Revue du TIN n° 26, 1997

[11] Débats de la seconde partie de la 6ème réunion des membres politiques consultants pour la R.A.T., n° 15, 18 mars 1994

[12] Khenpo Jigme Phuntsok, Thunderous secrets to the People of the Snowland in the 21st century, Serthang Thekchen Choeling, Golok, Nord-Est du Tibet, 1996

[13] Xizang Ribao (Tibet Daily), 7 novembre 1997

[14] Publié dans Tibet Times, 31 août 1999, journal indépendant de Dharamsala publié en tibétain

[15] Le dilemme du Dalaï Lama par Melvyn C. Goldstein, article publié par les Affaires Etrangères (Foreign Affairs, Vol. 77, n° 1), à New-York en janvier-février 1998

[16] Ibid

[17] Ibid


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