Vénérer le Dalaï Lama comme chef religieux autorisé dans 2 provinces et au monastère de Ganden : une information peu fiable

dimanche 30 juin 2013 par Rédaction , Monique Dorizon

Dans les régions de l’est du Tibet, incorporées aujourd’hui aux provinces du Qinghai et du Sichuan, les autorités chinoises auraient permis aux moines de vénérer ouvertement le Dalaï Lama en tant que chef religieux, mais pas comme figure "politique", selon des sources citant des déclarations officielles introduisant cette nouvelle politique "expérimentale".
Le mouvement semblerait se limiter uniquement aux deux provinces, mais, cependant, va à l’encontre de la politique chinoise mise en place depuis longtemps, forçant les moines et les nonnes tibétains à dénoncer le chef spirituel en exil, que Pékin a décrit comme un dangereux séparatiste cherchant à "diviser" le Tibet de la Chine.

Dans la préfecture de Kardzé [1], "une annonce a été faite indiquant que les photos du Dalaï Lama pouvaient être affichées, et que le Dalaï Lama ne devait pas être critiqué par son nom", rapporte un habitant de la région au service en tibétain de Radio Free Asia.
"Des annonces similaires seront faites dans tous les monastères de la région de Kardzé", poursuit cette source, s’exprimant sous couvert d’anonymat.
Par ailleurs, un Tibétain vivant dans la province du Qinghai voisin dit : "(Actuellement), il n’y a pas d’ordre de hauts dirigeants de critiquer le Dalaï Lama".

Citant une annonce du 14 juin faite par Tsepa Topden, enseignant en études politiques à l’Institut bouddhiste du Qinghai du monastère de Kumbum [2], cette source affirme : "les croyants bouddhistes peuvent avoir la foi et faire preuve de respect envers le Dalaï Lama". "Mais en même temps, (celui-ci) ne peut être suivi pour des raisons politiques. La religion et la politique doivent être séparées", a déclaré Topden, selon la source.

Les déclarations officielles introduisant la nouvelle politique, décrite par cette source comme "expérimentale", ont également critiqué en la qualifiant de "mauvaise" la pratique chinoise antérieure selon laquelle les moines et les nonnes ont été contraints de critiquer sévèrement le Dalaï Lama, dit la source.
"A partir de maintenant, toute personne qui est un croyant dans le bouddhisme n’a pas besoin de critiquer le Dalaï Lama", a-t-il dit.

"Une annonce similaire a été faite lors d’une réunion le 19 juin dans le comté de Tsigorthang  [3] et à laquelle ont assisté des lamas, moines et autres", dit une troisième source, s’exprimant également de manière anonyme.
Lors de cette réunion, deux fonctionnaires tibétains ont lu un document du gouvernement déclarant que "à partir de maintenant, les photos du Dalaï Lama pouvaient être affichées, et que personne n’était autorisé à le critiquer en l’appelant par son nom", rapporte la source.

Ces changements de politique n’ont pas été officiellement confirmés, constate Robbie Barnett [4] de l’Université de Columbia dans une interview à Radio Free Asia.
"Mais ils s’accordent avec la réalité sous-jacente du gel de la politique au Tibet pendant près de 20 ans après que (l’ancien président chinois) Hu Jintao ait été promu de la position de chef du Parti communiste à Lhassa à la direction centrale au début des années 1990".
"Pour les bureaucrates des régions tibétaines, ceci signifie qu’ils sont maintenant dans une époque différente, et certains ont peut-être reçu l’autorisation de tester l’adaptation des politiques dans deux ou trois localités", a dit Robbie Barnett.
"Les photographies du Dalaï Lama n’ont jamais été formellement interdites dans les régions tibétaines orientales en tout cas", poursuit Robbie Barnett.
"Ce sont les rapports d’autres changements qui sont importants, tels que la fin du dénigrement du Dalaï Lama".

Alors qu’il serait "prématuré de spéculer" sur l’extension de ces changements de politique dans d’autres domaines, Robbie Barnett dit que "le fait que ces rapports coïncident avec la critique faite par d’importants chercheurs de Pékin de la politique du Tibet au cours de l’ère Hu Jintao est frappante".

S’adressant à Radio Free Asia, Elliot Sperling, spécialiste du Tibet de l’Université de l’Indiana, a déclaré que dans les régions à population tibétaine des provinces chinoises à l’extérieur de la "Région Autonome du Tibet", il y a déjà eu un "accord tacite" permettant l’exposition discrète de la photo du Dalaï Lama "tant qu’il n’y a pas d’autres activités ouvertement politiques". "De nombreux voyageurs ont remarqué cela", a-t-il dit.

Comme un signe que les dirigeants chinois exploreraient peut-être de nouvelles approches politiques au Tibet, Elliot Sperling a noté que le directeur des affaires ethniques et religieuses de l’école centrale du Parti de la Chine a récemment appelé Pékin à lancer un nouveau dialogue avec le chef spirituel tibétain en exil, et peut-être lui permettre de se rendre à Hong Kong.
Cependant, même si ces idées ont été proposées, "des mesures sévères continuent d’être mises en œuvre, notamment en augmentant le niveau de surveillance au Tibet", a déclaré Elliot Sperling [5].

Dans le même contexte, les moines du monastère de Ganden à Lhassa auraient été informés qu’ils pouvaient maintenant afficher l’image du chef spirituel tibétain en exil, Sa Sainteté le Dalaï Lama, selon l’organisation Free Tibet installée à Londres.
La suppression de l’interdiction de portraits du Dalaï Lama au monastère de Ganden ferait suite à des rapports récents de changements similaires "expérimentaux" dans la politique dans deux régions de l’est du Tibet.

Dans un communiqué, le groupe a confirmé que l’interdiction en vigueur depuis 17 ans des portraits du leader tibétain considéré par la Chine comme un "séparatiste", a été levée dans le monastère de Ganden.
Cependant, Free Tibet a ajouté qu’il serait imprudent de spéculer sur sa signification en matière de politique chinoise dans la région puisque l’association n’a pas été en mesure de confirmer si la levée de l’interdiction était un cas isolé ou s’exerçait au-delà du monastère de Ganden.

"Le respect et la loyauté des Tibétains envers le Dalaï Lama n’a presque pas d’égal parmi les communautés du monde et si cette politique se prolonge au-delà de ce seul monastère, comme d’autres témoignages le suggèrent, ce sera très important pour le peuple tibétain", dit Eleanor Byrne-Rosengren de Free Tibet. "Toutefois, ces témoignages n’ont pas été confirmés et, dans ces circonstances, il serait imprudent de spéculer sur leur signification en matière de politique chinoise au Tibet. Un changement de politique locale peut facilement être inversé".
Bien que Free Tibet ait dit avoir reçu des informations sur le changement de politique examiné lors de réunions dans plusieurs endroits au Tibet, il n’a pas encore reçu toutes les preuves fiables.

L’interdiction d’affichage de l’image du Dalaï Lama, a été introduite en 1996 dans le cadre d’une répression de la liberté religieuse, et a été marquée par de violents affrontements. Jusqu’à présent, l’application de l’interdiction a été strictement appliquée.
"Les griefs sous-jacents du peuple tibétain restent l’occupation de leur pays, le non-respect des Droits de l’Homme, la marginalisation économique et le déni de leur droit à l’autodétermination", dit Eleanor Byrne-Rosengren. "La Chine n’a pas encore montré qu’elle voulait répondre à ces questions fondamentales".

Les autorités chinoises sont connues pour pratiquer l’alternance de concession et de politiques extrémistes, appelée "fang-shou", ce qui signifie "mou-dur". Cela prend parfois la forme d’un retour de langage plus fort après une offensive de propagande.

A la suite de la dispersion de toutes ces précédentes informations, le gouvernement chinois a fermement démenti les articles récents disant qu’il se tournait vers l’assouplissement de la politique de la ligne dure d’interdiction des portraits de Sa Sainteté le Dalaï Lama à certaines régions du Tibet appliquée pendant des décennies.

Dans une déclaration officielle, le Bureau d’État des affaires religieuses a déclaré à la BBC qu’il n’y avait eu aucun changement de politique, répondant ainsi aux récents rapports affirmant que le Tibet pouvait lever l’interdiction vieille de 17 ans sur les portraits de Sa Sainteté le Dalaï Lama.

Des monastères contactés par la BBC ont dit qu’ils n’étaient pas au courant de changements dans la politique et, dans un communiqué faxé à la BBC le 28 juin 2013, le gouvernement a déclaré que la politique de la Chine envers le Dalaï Lama était "constante et claire".
"Si le Dalaï Lama souhaite améliorer ses relations avec le gouvernement central, il doit vraiment abandonner sa position en faveur de « l’indépendance tibétaine » ou « l’indépendance sous toutes les formes déguisées »", a déclaré le communiqué du gouvernement à la BBC.
La BBC a déclaré qu’elle "n’était pas en mesure de confirmer ces nouvelles, en dépit des appels répétés aux monastères de Lhassa, et dans les régions tibétaines des provinces du Qinghai et du Sichuan".

"Plusieurs moines ont admis qu’ils avaient entendu parler de possibles modifications à la politique du gouvernement, mais ont dit qu’ils n’avaient pas vu eux-mêmes d’assouplissement de la politique", a rapporté Celia Hatton, correspondante de la BBC à Pékin.
"Les portraits du chef spirituel tibétain sont toujours interdits, ont expliqué les moines. Seules les images du Bouddha officiellement acceptées sont autorisées à l’affichage", a confirmé un moine de Lhassa à la BBC.

Sources : Radio Free Asia , 26 juin 2013, Phayul, 28 juin 2013 et The Tibet Post International, 29 juin 2013.

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[1] Kardzé (དཀར་མཛེས་ en tibétain, Ganzi ou 甘孜 en chinois), parfois écrit Garzé, est situé dans la région tibétaine du Kham, actuelle province chinoise du Sichuan. Localiser Kardzé (Garzé) sur cette carte.

[2] Le monastère de Kumbum (en tibétain : སྐུ་འབུམ་བྱམས་པ་གླིང ; en chinois : tǎ’ěr sì ou 塔尔寺), est l’un des grands monastères de l’école Gelugpa du bouddhisme tibétain, construit sur le lieu de naissance de Tsongkhapa, le fondateur de l’école Gelugpa, à laquelle appartient le Dalaï Lama. Localiser Kumbum sur cette carte.

[3] Tsigorthang (རྩི་གོར་ཐང་ en tibétain, Qinghai ou 兴海 en chinois) est un Comté tibétain dépendant de la "Préfecture Autonome Tibétaine de Tsolho" (Hainan en chinois). Localiser Tsigarthang (Xinghai) sur cette carte.

[4] Le Dr Robbie Barnett a écrit et publié de nombreux livres sur le Tibet moderne, incluant "Poisoned Arrow : The Secret Petition of the 10th Panchen Lama", "Leaders in Tibet : A Directory", "Cutting Off the Serpent’s Head : Tightening Control in Tibet 1994-1995", "Resistance and Reform in Tibet" (Indiana University Press, 1994), ou avec Steve Lehman et traduit en français "Les Tibétains en lutte pour leur survie" (Ed. Hoëbeke, sept. 1999).
Son livre, "Lhasa : Streets with Memories" (Columbia University Press, 2006), analyse la géographie locale de la capitale du Tibet en tant que mémoire collective.
De 1987 à 1998, le Dr Barnett était le directeur du Tibet Information Network, un réseau de recherches et d’information indépendant sur le Tibet, basé à Londres. Il a également travaillé comme journaliste au South China Morning Post à Hong Kong, à la BBC, à l’Observer (Londres), The Independant (Londres) ...
Photo Columbia University

[5] Voir l’article "Les utilisateurs d’Internet de la "Région Autonome du Tibet" entièrement placés sous surveillance gouvernementale", du 26/06/2013.


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