Serthar et Lhassa sous contrôle policier, certaines zones sont coupées du monde

mardi 7 février 2012 par Rédaction , Monique Dorizon

A Serthar [1] au Sichuan, le 3 février 2012, trois Tibétains se sont immolés par le feu [2]. Serthar fait également partie des trois comtés de la Province du Sichuan, où des Tibétains ont organisé des manifestations contre le régime chinois au cours desquelles il y aurait eu au moins six tués et 60 blessés, dont certains grièvement [3]. Les autres Comtés étaient Drango [4] et Dzamthang [5].Les médias officiels chinois ont rapporté que deux Tibétains avaient été tués après que des "monstres" armés de fusils, de couteaux et de pierres aient attaqué la police locale.

Les communications sont désormais coupées entre Serthar et le monde extérieur, ainsi que dans le Comté voisin de Drango, selon des sources.
"Il est extrêmement difficile maintenant de communiquer avec Serthar", a déclaré Tsultrim Woeser, un natif de Serthar et ancien membre du Parlement tibétain en exil, vivant maintenant en Inde.
"J’ai essayé de la Chine, du Népal, et d’autres endroits, mais les lignes sont coupées", a-t-il dit.

Un autre natif de Serthar, Chogyal, confirme, s’exprimant également depuis l’Inde :
"Il est extrêmement difficile d’obtenir de plus amples détails en raison d’une répression totale dans la région", a-t-il dit.
"Durant les manifestations contre la domination chinoise dans les zones tibétaines les 23 et 24 janvier [6], il était difficile d’obtenir des informations sur le nombre de Tibétains ayant perdu leur vie. Mais nous entendons des témoignages disant qu’environ 45 Tibétains sont morts au cours de ces manifestations", a déclaré Chogyal.

Jampel Monlam, directeur adjoint du Centre tibétain pour les Droits de l’Homme et la Démocratie (TCHRD) basé en Inde, a noté que le bouclage vise à prévenir la propagation de nouvelles immolations.
"Dans le Comté de Serthar, où les plus récentes immolations ont eu lieu, il n’y a plus du tout de liaisons téléphoniques ou Internet avec le monde extérieur. Les autorités craignent que les immolations soient connues à Lhassa ou dans d’autres parties du Tibet", a-t-il dit.
Il précise que la situation est également "très tendue" à Lhassa.
"Selon les informations que nous avons obtenues, le centre de Lhassa a été placé sous contrôle par des agents de sécurité armés depuis hier (5 février 2012)".
"Dans les zones suburbaines, les trois plus grands monastères, Sera, Drepung et Ganden [7], sont tous encerclés par la police armée, qui contrôle les activités des moines", a-t-il ajouté.
"Lundi matin, les autorités communistes du Tibet ont émis un avis avec un appel urgent à maintenir la stabilité. Maintenant, de nombreuses régions du Tibet ont été complètement coupées de l’extérieur". "Vous ne pouvez même pas téléphoner", a-t-il dit.

Un habitant de Lhassa a confirmé la montée des tensions.
"Des véhicules blindés patrouillent maintenant dans les rues de Lhassa", rapporte cet homme, s’identifiant seulement par le nom "Sun".
"Le personnel de sécurité est également en train de patrouiller autour des monastères tibétains", a-t-il dit.
Contacté pour un commentaire, une fonctionnaire du Bureau pour les affaires religieuses de la ville de Lhassa a refusé de s’exprimer sur la directive du gouvernement. "Je ne peux pas répondre à votre question. Vous devez contacter notre direction", a-t-elle dit.
Les appels téléphoniques au chef du Bureau ont sonné dans le vide lundi 6 février.

"Cette directive est un signe très dangereux", a déclaré Kelsang Gyaltsen, membre de l’Administration Centrale Tibétaine en exil à Dharamsala. "Cela signifie que la répression contre le peuple tibétain sera intensifiée".
"Cela témoigne également du fait qu’il n’y a pas de réel consensus parmi les responsables communistes sur la façon de gérer la crise récente", a-t-il dit. "Mais la punition ne peut pas résoudre les problèmes du Tibet, et la poursuite d’une telle politique est très dangereuse", a-t-il ajouté.

Source : Radio Free Asia, 6 février 2012.

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[1] Serthar peut être localisé sur cette carte .

[2] Voir l’article "Trois nouvelles immolations à Serthar", du 05/02/2012.

[3] Voir l’article "De nouveaux Tibétains meurent sous les balles de la sécurité chinoise", du 25/01/2012.

[4] Drango, parfois écrit Drakpo ou Draggo, (Luhuo, 炉霍县 en chinois), est un district administratif de la "Préfecture autonome tibétaine" de Kardzé. Repérer Drango (Luhuo) sur cette carte.

[5] Voir sur cette carte des "préfectures autonomes tibétaines" de Ngaba et Kardzé les villes orthographiées Sertar (Serthar), Zamtang (Dzamthang) et Luhuo (Dranggo). Selon la taille de votre écran, Garze (Kardzé) à l’ouest et Aba (Ngaba) à l’est sont également visibles.

[6] Voir l’article "La police ouvre le feu sur des Tibétains : au moins un mort et de nombreux blessés", du 23/01/2012.

[7] Localiser Sera, Drepung et Ganden sur cette carte.


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